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Friday, December 26, 2014

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‘Il faut réhabiliter la Halakha sépharade’

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Gabriel Abensour, fondateur du Blog “Moderne-Orthodoxe”, en compagnie de Sonia Sarah Lipsyc, Directrice du Centre d’Études juives contemporaines ALEPH.

Né à Strasbourg, en France, petit-fils d’une figure marquante du Judaïsme marocain, le Rabbin David Abergel, Gabriel Abensour, 23 ans, vit aujourd’hui en Israël, où il étudie à la Yeshivat Hakotel de Jérusalem, une Institution affiliée au Mouvement sioniste religieux proposant un Programme académique alliant Études juives à plein temps et Service militaire.

Passionné par la Pensée juive, Gabriel Abensour a créé le Blog “Moderne-Orthodoxe” ­-www.modernorthodox.fr-, dont le but est de faire connaître au public fran­co­phone l’orthodoxie juive mo­derne. Il y publie régulièrement ses articles ainsi que ceux d’autres jeunes Blogueurs abordant la thématique “Torah et modernité”. À travers ce Réseau social, il cherche à faire entendre une nouvelle voix: celle d’un Judaïsme orthodoxe moderne, profondément ancré dans la Tradition juive, abordant sans tabous toute question et tourné vers le futur.

Gabriel Abensour a été récemment l’invité du Centre d’Études juives contemporaines ALEPH, fondé et dirigé par Sonia Sarah Lipsyc, de la Communauté sépharade unifiée du Québec.

Au cours de l’entrevue qu’il nous a accordée lors de son bref passage à Montréal, ce fin connaisseur des Écrits sacrés de la Tradition sépharade nous a livré ses réflexions sur le monde sépharade orthodoxe.

Canadian Jewish News: Aujourd’hui, particulièrement en Israël, l’orthodoxie est-elle le courant religieux prédominant dans le monde sépharade?

Gabriel Abensour: Non. En Israël, l’orthodoxie sépharade n’existe pas. Les orthodoxes Sépharades Israéliens sont Sépharades d’origine mais l’orthodoxie supposément sépharade est totalement ashkénaze. Le Shass est un Parti ultraorthodoxe très influencé par la Pensée religieuse ashkénaze. On retrouve dans l’idéologie du Shass des éléments culturels sépharades, mais aux niveaux religieux et halakhique la Philosophie de Pensée de ce Parti est foncièrement ashkénaze. La seule personnalité rabbinique Sépharade Israélienne qui perpétue le Judaïsme sépharade traditionnel, cest le Rav Haïm Amselem, qui a été évincé du Parti Shass à cause de ses positions iconoclastes, qu’il défend avec opiniâtreté. Des positions aux antipodes de celles défendues par les leaders du Shass.

C.J.N.: Quel regard portez-vous sur le Judaïsme sépharade en Israël?

G. Abensour : En Israël, le Judaïsme sépharade, qui est très “ashkénaizé”, ne se porte pas très bien. Sur le plan religieux, le Judaïsme sépharade est incarné par le Shass, un Parti ultraorthodoxe dont la Philosophie de Pensée est entièrement régie par l’idéologie ashkénaze lituanienne. Mais, parallèlement, on assiste aujourd’hui dans la société

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israélienne à un regain d’intérêt pour l’Identité culturelle sépharade. De plus en plus d’Israéliens non-Sépharades s’intéressent non pas à l’Identité sépharade folklorique, mais aux Textes religieux fondamentaux inhérents à la Tradition sépharade.

Une Association appelée Mimizrah Hashemesh, constituée de jeunes Rabbins Sépharades sionistes, dont un bon nombre sont francophones, s’échine à montrer, par le biais d’une Étude approfondie de leurs Textes, tout ce que les Rabbins Sépharades ont apporté à l’Identité juive israélienne. En Israël, le clivage entre Sépharades et Ashkénazes s’est considérablement estompé. Mis à part les Rabbins issus des milieux haredim, il y a de plus en plus de Rabbins Ashkénazes qui s’intéressent aux Textes de grandes figures rabbiniques Sépharades des derniers siècles.

C.J.N.: Qui sont ces grandes figures rabbiniques Sépharades?

G. Abensour: S’il est vrai que dans le monde rabbinique ashkénaze tout le monde connaît l’apport majeur de la Pensée très imposante d’un géant du monde religieux sépharade, Maïmonide, on ne connaît quasiment aucune grande figure rabbinique Sépharade du XVIème siècle jusqu’à nos jours. Par exemple, des Rabbins Ashkénazes Israéliens découvrent aujourd’hui des Textes majeurs du Rabbin Meïr Ouziel, qui fut le premier Grand Rabbin Sépharade d’Israël. Quand on relit les Textes de ces illustres figures du monde rabbinique sépharade, on se rend compte à quel point ces grands érudits étaient très modernes et au diapason des problématiques sociales qui sévissent dans le monde d’aujourd’hui.

C.J.N.: La contribution du Judaïsme sépharade au domaine de la Halakha est-elle importante?

G. Abensour: Absolument. L’apport le plus important du Judaïsme sépharade se situe au niveau de la Halakha. Pour moi, dans le monde sépharade, la Halakha a un but très pré­cis: élever l’homme. Dans le monde ashkénaze, notamment de­puis l’émancipation des Juifs, on a transformé la Halakha en quelque chose de totalement coupé de la réalité. Ce qui est logique parce que c’était la réponse du monde ashké­naze à la modernité. Dans le monde ashkénaze, l’émancipation et l’assimilation qui s’en est suivie ont engendré le Judaïsme Réformé, qui encourage l’assimilation: des Juifs qui ne veulent plus respecter les injonctions édictées par la Halakha. Est apparu alors un mouvement orthodoxe qui a figé la Halakha, qui est devenue quelque chose de totalement transcendant qu’on ne peut pas comprendre, ni atteindre.

Pour sauve­garder la Halakha, le monde orthodoxe ashkénaze l’a rendue immuable. Le monde sépharade n’a pas connu l’émancipation ni l’assimilation dé­bri­dée qui en a résultée dans le monde ashkénaze -l’émancipation est arrivée beaucoup plus tard chez les Sépharades. Par ailleurs, dans le monde sépharade, l’assimilation n’a pas fait autant de ravages que dans le monde ashkénaze parce que la plu­part des Sépharades sont tra­di­tio­na­listes. Même s’ils ne sont pas observants, la grande majorité des Sépharades n’ont jamais quitté totalement la religion -ils mangent casher, célèbrent les principales Fêtes religieuses juives…  Dans l’orthodoxie ashkénaze, les Maîtres et les Décisionnaires de la Halakha ne font que nous répéter les décisions halakhiques.  Les Rabbins Sépharades eux ont toujours composé et écrit la Halakha. C’est pourquoi ils sont les tenants d’une Halakha dynamique qui, depuis l’époque de Maïmonide, a prévalu dans le monde sépharade. Malheureusement, ces dernières décennies, cette Halakha sépharade en perpétuel mouvement a été margi­na­li­sée par la prédominance écrasante de l’idéologie orthodoxe ashkénaze lituanienne. Il est impératif de réhabiliter la riche Tradition halakhique sépharade.

 

In an interview when he was in Montreal, Gabriel Abensour, an expert on Sephardi thought, talks about the Orthodox Sephardi world.

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