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Tuesday, September 23, 2014

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‘Israël contre Israël. L’autre menace’

Tags: Books and Authors Israel
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Martine Gozlan

“Vient-on en Israël pour s’unir ou pour s’affronter? Pour se guérir ou pour se meurtrir? Laïcs contre ultrareligieux, rationalistes contre messianistes, pacifistes contre natio­na­listes, philosophes contre mystiques… Ces fractures sont plus béantes que jamais dans la société israélienne. À son image, la Diaspora juive se déchire aussi, écartelée entre ceux qui soutiennent l’ultra­na­tiona­lisme israélien et ceux qui l’accusent de trahir les valeurs morales du Judaïsme”, écrit la journa­liste Martine Gozlan dans un essai fortement interpellateur qu’elle vient de con­sa­crer à la société israélienne, Israël contre Israël. L’autre menace (Éditions L’Archipel, 2013).

Rédactrice en chef à l’hebdomadaire français Marianne, Martine Gozlan est grand reporter et couvre le Maghreb et le Moyen-Orient, auxquels elle a consacré de nombreux ouvrages, dont Tunisie, Algérie, Maroc: la colère des peuples (Éditions L’Archipel, 2011), L’imposture turque (Éditions Grasset, 2011), Pour comprendre l’intégrisme islamique (Éditions Albin Michel, 2005)… Martine Gozlan couvre aussi régulièrement le conflit israélo-palestinien.

Mêlant l’Histoire, le reportage et la confidence, Martine Gozlan explore dans Israël contre Israël. L’autre menace les arcanes de ce qu’elle appelle le “conflit judéo-juif”. Des collines de Samarie aux pages du Talmud, dans l’ombre de la Shoah qui obscurcit la lucidité des choix, mais dans l’attente du Tikoun qui répare les mondes brisés, elle raconte la “désunion sacrée des deux Israël”.

“Des premières heures de 1948, qui virent se combattre la Droite et la Gauche sionistes, l’Irgoun et la Haga­na, les frères ennemis Menahem Begin et David Ben Gourion, jusqu’à l’assassinat d’Itzhak Rabin, le 4 novembre 1995, par un jeune fanatique Juif, le destin d’Israël se poursuit en ligne brisée. Autant le danger exté­rieur unit l’État hébreu, autant les divisions intérieures le minent, comme il y a deux mille ans. C’est affaiblie par la guerre civile que la Judée antique tomba sous les coups de Rome. Durant l’exil et malgré les persécutions, les disputes morales, phi­lo­so­phiques et reli­gieuses n’ont cessé depuis de marquer l’âme juive: choisir la raison de Maïmonide ou le mysticisme de la Kabbale? La dévotion du Hassidisme ou l’universalisme de la Haskala, le Mouvement juif des Lumières?”, explique Martine Gozlan.

Près de deux mille ans après la destruction de Jérusalem, alors que le peuple juif errant, si près d’être anéanti par l’horreur nazie, a retrouvé sa souveraineté, “Israël est toujours divisé en deux fleuves contraires”, soutient Martine Gozlan.

“La guerre entre les modérés et les Zélotes a repris. Elle oppose aujourd’hui les laïcs aux ultrareligieux, les pragmatiques aux nationalistes. En septembre 2012, au coeur même du gouvernement de Benyamin Ne­tan­yahou, on se déchirait quant à l’opportunité d’une attaque contre les sites nucléaires iraniens, jugée té­mé­raire par de nombreux stratèges et une partie de l’opinion publique israélienne. Mais cette guerre elle-même ne constitue qu’un des ra­meaux de la division. Hier comme aujourd’hui, le destin d’Israël est marqué par une dispute générale entre ses enfants.”

D’après Martine Gozlan, loin de s’atténuer avec la “normalité impossible” de l’État hébreu, ce contentieux s’est au contraire renforcé en s’appuyant sur trois phénomènes historiques.

Premier phénomène: le schisme politique ineffaçable au sein du Sio­nisme. Deuxième phénomène: la “Révolution mystico-nationaliste” provoquée par la conquête par Israël de la Cisjordanie lors de la Guerre des Six Jours de 1967. Troisième phé­no­mène: l’“ombre de la Shoah” et l’“absence tragique du peuple juif européen”, assassiné avec sa morale et son Histoire, qui “conditionnent les émotions personnelles comme les réflexes militaires et politiques des Israéliens”.

“Mon livre est la chronique des déchirures individuelles et collectives qui sévissent au sein du peuple israélien. Écrit au fil du temps et des affrontements, sur les lignes brisées des deux Israël, il ne renonce pourtant pas au rêve ardent de la guérison -ce Tikoun hébraïque dont le sens est “réparation”- pour les fragments épars de l’âme juive”, ajoute Martine Gozlan.

D’après la journaliste, les résultats des élections législatives israéliennes du 22 janvier dernier corroborent éloquemment le titre de son livre, Israël contre Israël.

“Deux Israël, antinomiques, se sont exprimés lors de ces élections. Il y a un Israël laïc et pragmatique qui ne peut plus supporter la rigidification d’une partie importante de la société israélienne et sa trahison des valeurs juives et du Sionisme. C’est très clair.  Si on se met dans la peau d’un Israélien ou d’une Israélienne, il n’est pas possible d’accepter que dans certains quartiers et villes de l’Israël de 2013 des petites filles de 11 ans soient la cible de fanatiques ultrareligieux qui leur jettent des pierres et les agressent comme si on était en Iran. C’est ce qui s’est passé en décembre 2011 à Beith Shemesh. Ce qui s’est produit lors des élections du 22 janvier, c’est un sursaut laïc, un grand réveil de la société israélienne, qui refuse de se soumettre au joug de religieux fanatiques et obscurantistes. D’un côté, les ultra-orthodoxes sont allés très loin et d’un autre côté, ceux qui ne cessent de nous répéter que le processus de paix israélo-arabe est enterré et qu’il n’y aura jamais un État palestinien sont aussi allés très loin. En effet, lorsqu’on sonde dans ses profondeurs la société israélienne, on s’aperçoit que la réalité est tout autre: aujourd’hui, 65% des Israéliens sont favorables à la création d’un État palestinien”, rappelle Martine Gozlan.

 

In her latest book, Israël contre Israël (Israel against Israel), French writer and editor Martine Gozlan talks about the historical and current internal divisions in the Jewish state.

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