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Friday, February 27, 2015

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Sarkozy, Hollande, l’Iran et Israël

Tags: International
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Frédéric Encel

Quelle sera la position politique de la France vis-à-vis de l’Iran et du conflit israélo-palestinien si François Hollande, candidat du Parti Socia­liste, est élu Président de la République française le 6 mai prochain? Quelles seraient les conséquences d’une attaque militaire d’Israël contre les installations nucléaires iraniennes? Le Hezbollah et le Hamas déclencheront-ils une guerre sans merci contre Israël si Tsahal attaque l’Iran?

L’un des meilleurs spécialistes fran­çais des questions Géopolitiques internationales et du conflit israélo-palestinien, Frédéric Encel, a répondu à ces questions brûlantes au cours d’une entrevue qu’il a accordée récemment au Canadian Jewish News.

Docteur en Géopolitique, Professeur de Relations internationales à l’École supérieure de Gestion et à l’Institut d’Études Politiques de Paris et Directeur de Recherches à l’Institut français de Géopolitique de l’Université Paris VIII, Frédéric Encel est l’auteur de plusieurs essais très remarqués sur la Géopolitique internationale et le conflit israélo-arabe, dont Atlas Géopolitique d’Israël. Aspects d’une Démocratie en Guerre (Éditions Autrement, nouvelle Édition revue et augmentée, 2012) et Géopolitique d’Israël. Dictionnaire pour sortir des fantasmes, coécrit avec François Thual (Éditions du Seuil, 2004).

Canadian Jewish News: En ce qui a trait aux épineux Dossiers de l’Iran et du conflit israélo-palestinien, doit-on s’attendre à un changement de politique de la France si François Hollande devient le 6 mai prochain le nouveau locataire de l’Élysée?

Frédéric Encel: Je ne pense pas qu’il y aura un changement de position politique radical parce que depuis la fin du deuxième mandat présidentiel de Jacques Chirac, période où l’on a assisté à la montée en force de l’Iran, le régime de Téhéran est l’objet de pressions diplomatiques lancinantes de la part des pays occidentaux. Donc, le 6 mai, si François Hollande est élu Président, je ne crois pas qu’il y aura un changement majeur pour ce qui est de la position de la France vis-à-vis de l’actuel régime au pouvoir à Téhéran. Si François Hollande accède à l’Élysée, il y a une forte possibilité qu’il confie le portefeuille très névralgique des Affaires étrangères à Pierre Moscovici, qui est un Atlantiste plutôt favorable à Israël et très critique de l’Iran de Mahmoud Ahmadinejad. Je ne crois pas qu’il y aura un changement majeur de position de la France dans le Dossier iranien, ni dans le Dossier israélo-palestinien. Dans ces deux Dossiers capitaux, la France est fortement liée à ses voisins britannique, allemand et italien. Par contre, si Martine Aubry était la candidate du Parti Socialiste dans cette élection présidentielle, et éventuellement la Présidente de la France, je ne tiendrais pas le même discours parce que là en matière d’Affaires étrangères on ne serait pas dans la même gauche. Je suis convaincu que François Hollande appartient plutôt à la famille centre-gauche.

C.J.N.: Bon nombre d’analystes avertis des relations franco-israéliennes considèrent qu’aujourd’hui la politique moyen-orientale de la France est beaucoup moins équilibrée, c’est-à-dire plus pro-palestinienne, que durant les deux premières années de la Présidence de Nicolas Sarkozy. Partagez-vous ce point de vue?

Frédéric Encel: Je trouve que beaucoup d’observateurs sont un peu sévères avec Nicolas Sarkozy. Quand on analyse une situation, qui est toujours le fruit d’une conjonction de facteurs différents, il faut toujours revenir à ce qui se passait avant et à ce qui se passe ailleurs. Vous avez un certain nombre d’États occidentaux qui ont moins d’humour avec Israël que la France n’en a avec ce pays. D’autre part, souvenez-vous quelle fut la politique proche-orientale de la France sous les Présidences de Georges Pompidou et de Valéry Giscard d’Estaing, dans les années 60 et 70: une catastrophe! Il faut se souvenir aussi d’un certain nombre de coups d’éclat anti-israéliens qui ont eu lieu durant les deux mandats présidentiels de Jacques Chirac. Nicolas Sarkozy est le premier Président français a avoir toujours eu une réelle empathie vis-à-vis d’Israël. Ce n’est pas quelque chose qui s’est démenti ces derniers mois. Il est vrai que la France a appuyé l’adhésion de la Palestine à l’U.N.E.S.C.O. Mais ce soutien du gouvernement de Nicolas Sarkozy aux Palestiniens, qui a beaucoup déplu au gouvernement de Benyamin Netanyahou, ne m’a pas semblé être un changement majeur de politique de la part de la France dans le Dossier israélo-palestinien.

Plusieurs observateurs des relations politiques franco-israéliennes se sont aussi empressés de claironner que la nomination d’Alain Juppé par Nicolas Sarkozy à la tête de la Diplomatie française allait donner une impulsion pro-palestinienne à la politique moyen-orientale de la France. Ce n’est pas vrai parce que ceux qui sont familiers avec la politique de la France savent bien que depuis la Présidence du Général de Gaulle, le Président de la République française donne systématiquement toutes les impulsions en matière d’Affaires étrangères. Jusqu’à présent, Nicolas Sarkozy est certainement le Président français qui aura été le plus favorable à Israël.

C.J.N.: Une attaque militaire d’Israël contre les installations nucléaires iraniennes est-ce un scénario plausible?

Frédéric Encel: Oui, si les Iraniens ne modifient pas le rythme d’en­ri­chisse­ment d’uranium. Ces derniers mois, le régime de Mahmoud Ahmadinejad s’est non seulement vigoureusement opposé à ce que des inspecteurs de l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (A.I.E.A.) procèdent à des contrôles des installations nucléaires iraniennes, mais on constate très clairement qu’il y a un renforcement de l’accélération du rythme d’enrichissement d’uranium. Il est bien évident qu’on se rapproche chaque jour un peu plus de la ligne rouge, au-delà de laquelle on ne pourra plus intervenir parce que l’Iran sera sanctuarisé. L’heure de vérité approche. Une attaque israélienne contre les installations nucléaires iraniennes c’est un scénario plausible. Premièrement, parce qu’Israël est le seul pays dans la région qui a les moyens d’intervenir militairement efficacement. Deuxièmement, parce que, objectivement, Israël est l’unique État dans le monde qui est menacé de destruction par l’Iran. Depuis des années, l’Iran agit de manière tout à fait illégale au regard du Droit international. Il faut rappeler qu’en Droit international, il est interdit de menacer de destruction un État tiers membre des Nations Unies. Donc, à court terme, une attaque militaire israélienne contre l’Iran c’est un scénario crédible.

C.J.N.: Israël a-t-il la capacité militaire pour rendre non opérationnelles les installations nucléaires iraniennes?

Frédéric Encel: Détruire complètement les installations nucléaires iraniennes, ce n’est pas du tout une certitude. Les endommager, certainement. Endommager les installations nucléaires iraniennes, ça signifierait gagner de très précieuses années, qui seront mises à profit par Israël, les États-Unis et d’autres pays pour bâtir un Dôme de fer géant pour contrer toute attaque balistique lancée par l’Iran. Un scénario semblable à celui de la “Guerre des Étoiles”, au début des années 80, durant la Présidence de Ronald Reagan. La capacité, hy­po­thé­tique pour l’instant mais vrai­semblable à moyen terme, pour Israël, les États-Unis et leurs alliés d’intercepter en phase de propulsion, et non pas en phase balistique, parce que là ce serait trop tard, n’importe quel engin à tête nucléaire quittant le sol iranien résoudrait la question nucléaire iranienne. Mais, pour l’instant, la seule capacité dissuasive dont disposent les États-Unis et Israël, nous l’avons vu récemment avec le déploiement d’un Dôme de fer à Gaza, c’est d’intercepter des roquettes ou des mortiers. Cette capacité défensive est in­suf­fi­sante pour protéger un Territoire national.

C.J.N.: Quelles seraient les con­sé­quences d’une attaque militaire d’Israël contre l’Iran?

Frédéric Encel: Les conséquences seraient potentiellement désastreuses. Très certainement, l’Iran ripostera massivement à toute attaque militaire d’Israël. Mais l’Iran ne dispose pas d’une Armée suf­fi­sam­ment importante, efficace et qualifiée pour pouvoir empêcher des raids sur ses installations nucléaires et pour fermer le Détroit d’Ormuz. Ça, ce n’est pas possible. C’est un fantasme. En revanche, l’Iran a la capacité de nuisance de frapper les installations de raffinage et les puits de pétrole qui se trouvent en face de son Territoire, de l’autre côté de la rive du Golfe arabo-persique. C’est-à-dire: les infrastructures pétrolières des grands alliés arabes sunnites des États-Unis, le Koweït, les Émirats Arabes Unis, l’Arabie Saoudite. L’Iran a aussi les moyens militaires d’attaquer des supertankers dans le Détroit d’Ormuz. Les prix du baril de pétrole brut atteindraient alors des sommets vertigineux, au grand dam de l’Occident, de la Chine et de l’Inde. L’Iran est capable de faire augmenter con­si­dé­rable­ment le prix du baril de pétrole brut non pas parce que les spéculateurs tableront là-dessus, mais parce que les bateaux seront plus chers à affreter et à assurer.

C.J.N.: Si Israël attaque l’Iran, les principaux sbires du régime de Téhéran dans la région, le Hezbollah et le Hamas, déclencheront-ils une nouvelle Guerre ouverte contre Israël?

Frédéric Encel: En cas de conflit armé avec l’Iran, Israël sera aussi attaqué au Nord par le Hezbollah, qui est une courroie de transmission de Téhéran. Ça, c’est une certitude. Par contre, il est moins probable que le Hamas attaque aussi Israël parce que dans l’Agenda politique de cette Organisation islamiste radicale, qui contrôle entièrement la Bande de Gaza, il y a un certain nombre d’objectifs qui ne sont pas nécessairement les mêmes que ceux du Hezbollah. L’objectif fondamental du Hezbollah est de se maintenir à la tête du Liban, et évidemment de la Communauté chiite de ce pays. Pour atteindre ce but, il est toujours très bon de taper sur l’“entité sioniste” et d’obéir scrupuleusement à l’Iran. Ces temps-ci, après avoir été contraint de quitter Damas, où était établi depuis le début des années 90 le Quartier Général de sa Branche militaire, le principal objectif du Hamas est de se refaire une santé. C’est le régime de Damas qui fournissait des armes et de l’argent au Hamas. Aujourd’hui, alors qu’un mouvement de révolte révulse la Syrie, les perspectives sont plus sombres pour le Hamas. Désormais, cette Organisation fondamentaliste islamiste est obligée de jouer “un rôle” politique plus responsable. 

C.J.N.: Les sanctions économiques imposées à l’Iran par la Communauté internationale feront-elles plier le régime autocratique de Mahmoud Ahma­dine­jad?

Frédéric Encel: Depuis 2007, il y a eu quatre trains de sanctions votés par l’ensemble des membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies, Russie et Chine comprises. Il est vrai que ces sanctions ne sont pas draconiennes parce qu’elles ne touchent pas directement à l’appareil nucléaire iranien. Les Iraniens possèdent déjà les centrifugeuses, l’uranium, les matières fissiles, les techniciens… Il ne leur manque plus que le temps. Mais, en revanche, ces sanctions économiques sont un moyen de montrer la détermination des nations occidentales. Moi je dis souvent à mes étudiants à Sciences Po qu’en Géopolitique, la démonstration de force vaut force. C’est-à-dire que quand vous démontrez à votre adversaire que vous ne plaisantez pas et que derrière les petits bâtons se camoufle un très gros bâton, peut-être que vous serez plus à même de le faire réfléchir. C’est à cela que servent les sanctions.

 

In an interview, French geopolitical expert Frédéric Encel says he does not believe France’s position on Israel and Iran will change noticeably if François Hollande’s Socialist party wins the May 6 election.

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