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Wednesday, July 9, 2014

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L’Espagne, les Juifs et l’État d’Israël

Tags: International
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Isaac Querub

Les Socialistes espagnols ont subi une cuisante défaite aux élections législatives du 20 novembre dernier. Le retour au pouvoir de la Droite, que dirige désormais Mariano Rajoy, augure-t-elle un “rééquilibrage” de la politique moyen-orientale de l’Espagne, qui fut foncièrement propalestinienne durant la gouvernance de José Luis Rodriguez Zapatero?

Nous avons posé cette question à Isaac Querub Caro, nouveau Président de la Fédération regroupant les 13 Communautés juives d’Espagne. Bien qu’il soit très difficile de recen­ser avec exactitude la population juive d’Espagne, Isaac Querub Caro estime que le nombre de celle-ci se situe aujourd’hui entre 75000 et 100000 personnes.

Né à Tanger, Maroc, en 1955, et établi en Espagne avec sa famille depuis 1966, Isaac Querub Caro a un parcours communautaire très marquant: ancien Président de la Communauté juive de Madrid; actuellement Président des Amis Espagnols de Yad Vashem -Institution israélienne qui s’est méritée en 2007 le prestigieux Prix de “La Concordia” -“La Concorde”-, décerné par la Fondation du Prince des Asturies-; membre du Conseil des Gouverneurs de l’Université de Tel-Aviv…

Isaac Querub Caro est l’un des leaders les plus dynamiques et visionnaires du Judaïsme européen.

À la fin septembre, ce Sioniste invétéré, qui croit résolument en “la continuité du peuple juif” et à sa “relation charnelle et indéfectible” avec Israël, a défendu avec passion et perspicacité la cause et les droits de l’État hébreu devant un parterre très select -plus de 300 personnes- constitué par le gratin des classes politique, journalistique, ecclésiastique -étaient aussi présents des hauts représentants de l’Église castillane-… espa­gnoles, réunies par le journal La Razon dans ses locaux. Une intervention très remarquée qui a été largement relayée par les principaux médias espagnols.

Canadian Jewish News: Les Juifs espagnols votent-ils majoritairement pour le Partido Popular -la principale formation politique de la Droite espagnole-, dont traditionnellement la politique moyen-orientale est plus favorable à Israël que celle promue par le Parti Socialiste?

Isaac Querub: En Espagne, il n’y a pas un vote juif homogène. Quand vient le temps de se rendre aux urnes, les Juifs espagnols votent comme leurs concitoyens non-Juifs. Certains votent pour le Partido Socialista Obrero Español (P.S.O.E.), d’autres pour le Partido Popular (P.P.), d’autres pour Convergencia I Unio -parti natio­na­liste Catalan-, d’autres pour le Partido Socialista de Catalogne... On ne peut pas dire que les Juifs espa­gnols appuient unanimement une formation politique ou préfèrent un courant politique spécifique. Leur vote, hétéroclite, est semblable à celui des autres Espagnols.

C.J.N.: Le Premier ministre socialiste sortant, José Luis Rodriguez Zapatero, ne s’est pas particulièrement distingué par sa politique moyen-orientale, qui a été très ostensiblement propalestinienne. Je suppose que ce manque flagrant d’empathie de Zapatero à l’endroit d’Israël exaspérait les Juifs espagnols?

Isaac Querub: Il est certain qu’en ce qui a trait à Israël et au conflit israélo-palestinien, la politique du gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero n’a pas été celle que nous, Juifs espagnols, souhaitions. Le gouvernement socialiste espagnol a beaucoup plus appuyé les revendications des Palestiniens et de certains pays arabes que les positions, très légitimes, défendues par l’État d’Israël. L’étonnante photo, publiée à la une des grands journaux espagnols et internationaux, de José Luis Rodriguez Zapatero arborant fièrement le Kefieh -foulard- palestinien lors du Forum international des Jeunesses socialistes à Alicante, en 2006, pendant que la Guerre au Liban entre Israël et le mouvement terroriste Hezbollah faisait rage, n’a fait qu’accentuer davantage l’image de pro-Palestinien du leader du Parti Socialiste espagnol.

Cependant, il serait totalement injuste de clouer au pilori José Luiz Rodriguez Zapatero et son gouvernement. Force est de rappeler que c’est ce dernier qui a institué et inséré dans le Calendrier officiel le 27 janvier comme “Journée internationale du Souvenir des Victimes de l’Holocauste” et incorporé l’Espagne au Task Force international pour la prévention des crimes contre l’Humanité. Ce fut aussi le gouvernement socialiste dirigé par José Luis Rodriguez Zapatero qui a créé la Casa Sefarad Israel, une Institution relevant du Ministère des Affaires étrangères espagnol qui a pour mandat de favoriser les échanges culturels et éducatifs entre les sociétés espagnole et israélienne. Ce sont aussi les Socialistes qui ont créé la Fondation Pluralismo y Convivencia, une Institution qui s’est fixé comme mandat d’oeuvrer pour le rapprochement entre les Chrétiens, les Juifs et les Musulmans espagnols.

En janvier 2009, José Luis Rodriguez Zapatero effectua une visite officielle en Israël. Il participa à une cérémonie très poignante à Yad Vashem, à Jérusalem. Il visita forte­ment ému ce Mémorial dédié aux six millions de Juifs européens exterminés par les nazis. J’étais présent à cet événement très solennel.

C.J.N.: Avez-vous bon espoir qu’avec le prochain retour de la Droite au pouvoir la politique du gouvernement de Madrid à l’endroit d’Israël soit plus équitable?

Isaac Querub: Aujourd’hui, les positions du Partido Popular et de son ancien Président, l’ex-Premier ministre José Maria Aznar, par rapport à Israël et au conflit israélo-palestinien sont grandement appréciées par la Communauté juive d’Espagne. La Fondation FAES, Think Tank du Partido Popular, fait des efforts ti­ta­nesques et courageux pour promouvoir la vérité, défendre la dignité et la légitimité de l’État d’Israël et favoriser une négociation directe bilatérale entre les Palestiniens et les Israéliens. Les positions et les idées prônées avec opiniâtreté par les membres de la Fondation Faes sont proches des positions défendues par Israël.

C.J.N.: À l’instar des autres pays europé­ens, l’antisémitisme prolifère aussi dans l’Espagne démocratique contemporaine.

Isaac Querub: L’Espagne n’est pas un pays antisémite. Cependant, des enquêtes d’opinion commanditées par des Organisations juives et non-juives nous rap­pellent que des stéréotypes et des préjugés antisémites tenaces sévissent toujours dans la société espagnole. D’après plusieurs enquêtes d’opinion, un pourcentage important d’étudiants espagnols ne souhaitent pas avoir comme camarade de classe un Juif. En Espagne, l’image des Juifs continue à être sensiblement dénaturée. Ces stéréotypes et préjugés antisémites émanent d’un contexte historique et populaire délétère et sont aussi la résultante du traitement peu objectif que les médias espagnols font du conflit israélo-palestinien.

C.J.N.: Donc, selon vous, le “traitement inéquitable” par les médias espagnols du conflit israélo-palestinien contribue à exacerber le sentiment anti-Israël dans la société espagnole.

Isaac Querub: Il n’y a pas le moindre doute que la presse écrite et plusieurs Chaînes de télévision espagnoles ont grandement contribué à ce que l’opinion publique espagnole soit aujourd’hui plus propalestinienne et proarabe que proisraélienne. Pour­quoi les grands médias espagnols se cantonnent-ils dans un grand mutisme chaque fois que la légiti­mité de l’État d’Israël est remise en question par ses détracteurs? Pourquoi assistons-nous impavides à un tel déferlement de désinformation chaque fois qu’il s’agit d’Israël, qui est pourtant la seule démocratie authentique au Moyen-Orient? La Fédération des Com­mu­nau­tés juives d’Espagne, que j’ai l’auguste privilège de présider, a lancé dernièrement un vigoureux appel aux médias espagnols et à leurs journalistes pour qu’ils fassent preuve d’une plus grande rigueur intellectuelle dans leur traitement de l’information et des nouvelles sur le Moyen-Orient et le conflit israélo-palestinien. Nous leur avons de­man­dé de s’abstenir d’utiliser un double standard lorsqu’ils se réfèrent à Israël, de cesser de démoniser l’État juif et de ne pas établir des comparaisons ineptes lorsqu’ils font état de la situation actuelle du peuple palestinien. Les journalistes et les professeurs universitaires sont les mieux placés pour savoir ce qu’est le pouvoir des mots. De ceux-ci peuvent naître aussi bien la haine et la guerre que la bonne entente et la paix. Nous espérons de tout coeur que les médias importants, comme le grand quotidien El Pais, ne demeureront pas insensibles à notre appel sincère.

C.J.N.: L’assimilation des Juifs est-elle un phénomène important en Espagne contemporaine?

Isaac Querub: Les Juifs, qui sont parfaitement bien intégrés dans la société espagnole, aiment beaucoup l’Espagne. La majorité des Juifs espagnols sont d’origine sépharade. C’est-à-dire que bien qu’ils aient reçu dans leur pays natal une éducation en français ou dans une autre langue, ils ont grandi au sein de familles qui parlaient l’espagnol à la maison. Cette bonne connaissance de la langue espagnole a beaucoup facilité leur intégration dans la société espagnole. Mais cette forte intégration n’est pas synonyme d’assimilation. En effet, en Espagne, la proportion de ma­riages mixtes, entre Juifs et Catholiques, est relativement faible. Il est indéniable que le rôle fondamental joué par les Communautés juives institutionnelles espa­gnoles a grandement contribué à endiguer le phénomène de l’assi­mi­la­tion. Les Communautés juives espa­gnoles, qui sont relativement petites quand on les compare aux Communautés juives des États-Unis, du Canada, de France, d’Angleterre… sont très bien structurées et organisées. Elles ont des Écoles juives, des Synagogues, des Centres communautaires… En Espagne, les Juifs peuvent vivre pleinement une vie juive.

C.J.N.: En Espagne, la Communauté juive et le Judaïsme ont-ils été reconnus officielle­ment?

Isaac Querub: En 1869, la Constitution de la Ière République espagnole recelait déjà une Clause préconisant la Liberté de conscience et de religion. Ce principe fondamental fut ensuite enchâssé dans la nouvelle Constitution promulguée en 1931. Après la Guerre civile espagnole, le Franquisme toléra les Juifs, mais ni la Communauté juive ni le Judaïsme ne furent reconnus officiellement. Avec l’avènement de la démocratie, l’adoption de la nouvelle Constitution en 1978, la promulgation en 1992 de la Loi Organique sur la Liberté religieuse et l’Entente historique que des Communautés religieuses ont signée avec l’État espagnol en 1992, les Juifs ont été officiellement reconnus comme une Communauté historique bénéficiant de tous les pleins droits dans la société espagnole.

C.J.N.: Êtes-vous optimiste pour ce qui est de l’avenir des Juifs en Espagne?

Isaac Querub: Bien sûr que je suis optimiste. Dans l’Histoire du peuple juif, il n’y a pas de place pour le pessimisme. Avec l’Histoire qu’ils ont derrière eux, les Juifs n’ont pas une autre alternative: ils doivent continuer à envisager le futur avec espoir et optimisme. Je crois dur comme fer à la conviction, à la motivation et à l’ambition qui ont toujours animé le peuple juif et à la relation charnelle et indéfectible que celui-ci entretient avec l’État d’Israël.

 

In an interview, Isaac Querub Caro, the new president of the federation of Jewish communities in Spain, talks about his community.

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