Headlines:

The Canadian Jeiwsh News

Saturday, August 23, 2014

Member Login:

‘J Call’ un Appel à la Raison ou à la Déraison?

Tags: News
Comments

Les initiateurs de l’“Appel à la Raison” -“J Call”-, mouvement juif européen prenant pour modèle le mouvement juif “J Street” fondé aux États-Unis il y a deux ans, souhaitent faire entendre “une nouvelle voix juive européenne” sur les questions liées à Israël et au conflit israélo-palestinien. 

David Chemla

“Loin de sous-estimer la menace de ses ennemis extérieurs, nous savons que le danger pour Israël se trouve aussi dans l’occupation et la poursuite in­inter­rompue des implantations en Cisjordanie et dans les quartiers arabes de Jérusalem-Est, qui sont une erreur politique et une faute morale”, peut-on lire dans le texte de cet Appel.

Des intellectuels Juifs européens réputés et influents, très soli­daires de l’État d’Israël, dont les écrivains Bernard-Henri Lévy et Alain Finkiel­kraut, sont parmi les signataires de cet Appel controversé, qui a motivé d’autres intellectuels Juifs européens, dont les sociologue et politologue français, Shmuel Trigano et Raphaël Draï, à lancer un contre-Appel, “Raison Garder” -nous présenterons la semaine prochaine le point de vue des initiateurs de ce contre-Appel.

Président de la Section France du mouvement La Paix Maintenant (Shalom Achshav), David Chemla, un consultant en Informatique et écrivain né en Tunisie, qui a vécu dix ans en Israël, est l’un des principaux initiateurs de l’“Appel à la Raison”, présenté récemment au Parlement européen, à Bruxelles.

David Chemla a accordé une entrevue au Canadian Jewish News.

Canadian Jewish News: Pourquoi avoir lancé cet “Appel à la Raison” à un moment où l’État d’Israël est durement stigmatisé par ses nombreux détracteurs?

David Chemla: Je tiens à rappeler que les initiateurs de l’“Appel à la Raison” ne sont pas des antisionistes féroces mais des citoyens Juifs européens très attachés à l’État d’Israël et à son droit très légitime à l’existence. Deux figures marquantes de l’intelligentsia juive française, les philosophes Bernard-Henri Lévy et Alain Finkielkraut, ont signé cet Appel. Il est difficile de suspecter d’anti-Israéliens ou antisionistes ces deux ardents défenseurs de la cause d’Israël en France et en Europe. Notre mouvement reflète bien une inquiétude lancinante que partagent aujourd’hui beaucoup de Juifs européens engagés depuis toujours aux côtés d’Israël pour défendre son droit à l’existence et s’opposer à toutes les campagnes de boycott dont l’État hébreu est l’objet en Europe depuis quelques années. La position que nous défendons est très claire: favoriser une solution politique du conflit israélo-palestinien sur la base de “deux peuples, deux États” susceptible de mettre fin à l’occupation par Israël des Territoires palestiniens.

Cependant, nous sommes très conscients que ce ne sont pas les Européens qui fixeront les frontières définitives du futur État palestinien et les moda­li­tés des relations entre les deux États, israélien et palestinien, à venir. Depuis 1993, année de la signature des Accords d’Oslo, nous assistons impavides à la stagnation des négociations de paix israélo-palestiniennes. Face à cette situation d’inertie qui s’éternise, on a voulu lancer un cri d’alarme et un cri identitaire. Dans le texte de cet Appel, nous affirmons notre engagement pro­identi­taire, que nous exprimons très concrètement par notre profond attachement au peuple et à l’État d’Israël, et faisons part de notre profonde inquiétude en ce qui a trait aux perspectives d’avenir, bien sombres jusqu’ici, des négociations entre Israël et les Palestiniens.

Nous croyons résolument qu’en l’absence d’une solution dans le court terme -ce n’est plus qu’une question de 3, 4 ou 5 ans maximum-, la solution de deux États sera impossible. La seule option sera alors un État binational. Une solution désatreuse pour tous ceux qui souhaitent assurer la pérennité d’un État juif au Moyen-Orient. Nous ne souhaitons pas qu’Israël soit confronté, par manque de choix et non par choix, au scénario terrifiant d’un État binational, qui érodera la spécificité juive de l’État d’Israël.

C.J.N.: Ce qui est assez troublant dans votre Appel, c’est le fait qu’il apo­strophe durement Benyamin Netanyahou et son gouvernement, à qui vous reprochez sans ambages de commettre “une faute morale”, tout en s’abstenant de formuler la moindre critique à l’endroit du leadership politique palestinien. L’iniquité à son paroxysme!

David Chemla: L’“Appel à la Raison” ne s’adresse pas spécialement à Benyamin Netanyahou et aux membres de son gouvernement. Celui-ci s’adresse surtout aux Israéliens, à qui nous lançons un cri d’alarme fraternel pour leur dire qu’il est urgent qu’ils décident une fois pour toutes ce qu’ils veulent faire de l’État juif. Continuer à être un État démocratique ou poursuivre l’occupation des Territoires palestiniens? Cet Appel ne s’adresse pas aux Palestiniens parce que nous, citoyens Juifs européens sionistes, n’avons aucune légitimité pour nous adresser au peuple palestinien. Nous l’avons dit lors de la conférence au Parlement européen, où nous avons présenté notre Appel: le but de notre démarche n’est pas de faire un bilan des erreurs commises depuis 1967 par les Israéliens et les Palestiniens. Dans cet hideux conflit, les responsabilités sont partagées.

C.J.N.: Pour beaucoup de Juifs, votre Appel est une manière grotesque de vous immiscer dans une affaire capitale qui ne concerne que les Israéliens: l’avenir de l’État d’Israël.

David Chemla: Rassurez-vous! Ce ne sont pas les initiateurs et les signataires de l’“Appel à la Raison” qui vont négocier avec les Palestiniens à la place des Israéliens. La légitimité appartient souverainement aux citoyens Israéliens, qui élisent démocratiquement leur gouvernement et décideront seuls des choix politiques à faire. Nous ne nous immisçons pas dans des débats internes de la société israélienne, tels que les problèmes économiques, sociaux, en­vi­ronne­men­taux… qui ne concernent que les Israéliens. Par contre, sur des questions qui concernent l’identité future de l’État d’Israël, en l’occurrence un État qui resterait majoritairement juif ou bien un État qui poursuivrait l’occupation des Territoires palestiniens?, je pense que les Juifs de la Diaspora ont aussi leur mot à dire. Les Juifs de la Diaspora qui appuient les positions du Likoud ou de l’extrême droite israélienne ne se gênent pas non plus pour expri­mer leurs points de vue. C’est un débat qui concerne tous les Juifs qui sont attachés à Israël.

C.J.N.: Combien de signatures votre Appel a-t-il déjà recueillies?

David Chemla: Nous avons déjà recueilli quelque 5500 signa­tures. D’autres regroupements juifs européens, notamment en Angleterre, en Suède, au Danemark… nous ont fait part de leur souhait de s’associer à notre démarche. Ça nous prouve que dans la Diaspora juive il y a aujourd’hui un courant de pensée et d’opinion important qui a besoin de s’exprimer. Le pire, c’est de ne pas parler!

C.J.N.: “J Call” est-il une émanation directe du mouvement juif américain “J Street”?

David Chemla: “J Call” n’est pas le pendant européen de “J Street”. Nous n’avons aucun lien organisationnel ou institutionnel avec cette organisation américaine fondée il y a deux ans, qui a réussi depuis à mobiliser beaucoup de Juifs américains. Cependant, “J Call” et “J Street” partagent le même but et le même voeu: voir la paix s’installer enfin entre Israël et la Palestine et voir Israël mettre un terme à l’occupation des Territoires palestiniens. Mais, il est vrai que la démarche entamée par “J Street” a fortement inspiré et motivé le mouvement “J Call”. Celle-ci a déclenché un déclic chez beaucoup de Juifs européens.

C.J.N.: Vous dites que l’“Appel à la Raison” s’adresse surtout au public israélien. Alors pourquoi avez-vous lancé cet Appel depuis le Parlement européen  et non à Jérusalem ou à Tel-Aviv?

David Chemla: C’est une démarche de Juifs européens, à laquelle se sont associés des Juifs français, britanniques, italiens, belges, allemands… qui ont participé à la rédaction de notre Appel et à son lancement. Aujourd’hui, le seul lieu symbolique en Europe pour lancer un Appel aux Européens, puisqu’il s’agit d’un Appel européen, c’est le Parlement européen, sis à Bruxelles. On ne

Suite à la page 7

Suite de la page 6

pouvait pas lancer notre Appel en dehors d’une enceinte européenne.

C.J.N.: Dans votre Appel, vous demandez au gouvernement américain et à l’Union Européenne de sévir contre les Israéliens et les Palestiniens pour les contraindre à retourner sérieusement à la table des négociations. Cette requête est-elle réaliste?

David Chemla: À cause des divisions intestines palestiniennes entre le Fatah et le Hamas, de la faiblesse du leadership politique israélien, de la fatigue des populations israélienne et palestinienne et d’un tas de raisons historiques, politiques et psychologiques, Israéliens et Palestiniens ne sont pas en mesure de trouver seuls une solution à ce dou­lou­reux conflit. Nous espérons que les négociations qui viennent de redémarrer puissent aboutir à des résultas concrets. Nous aimerions bien être contredits par la réalité, mais pour l’instant nous sommes très sceptiques. Nous pensons qu’il faut une ingérence de l’extérieur pour contraindre les deux parties à négocier sérieusement.

C.J.N.: Votre Appel exhorte les grandes puissances occidentales à exercer des pressions à l’endroit des Israéliens et des Palestiniens. Quel type de pressions?

David Chemla: Dans l’esprit des initiateurs de cet “Appel à la Raison”, exercer des pressions, ça ne signifie pas couper le robinet ou imposer des sanctions économiques aux deux parties. Les Européens ont une responsabilité historique au Moyen-Orient, ils ne peuvent pas s’en laver les mains! Exercer des pressions sur les Israéliens et les Palestiniens, ça veut dire les accompagner pour trouver une solution équitable à ce conflit.  Le pire serait de les abandonner. Nous pensons que les États-Unis ne pourront assumer et jouer pleinement leur rôle de médiateur auprès des Israéliens et des Palestiniens que si les Européens accompa­gnent les Américains dans cette démarche ardue.

C.J.N.: Le contre-Appel “Raison Garder”, lancé par des intellectuels Juifs français, vous a-t-il pris de court?

David Chemla: Nous sommes très contents qu’il y ait eu ce contre-Appel, qui est tout aussi légitime que le nôtre. Avec notre Appel, nous voulions provoquer un vrai débat d’idées. Le voici amorcé. Nous avons été l’objet de critiques très véhémentes proférées aussi bien par des Juifs de droite, qui nous considèrent comme des traîtres et des antisionistes échevelés, que par des groupes arabes pro­palesti­niens, qui nous reprochent d’avoir complètement éludé dans le texte de notre Appel les droits et les revendications du peuple palestinien. Ce débat est nécessaire et très salutaire. Celui-ci prouve qu’en France et dans les autres pays européens, la Communauté juive n’est pas une entité monolitique.

C.J.N.: Ce débat ne risque-t-il pas de ternir davantage l’image de l’État d’Israël, déjà assez mal en point en Europe?

David Chemla: Au contraire. Nous pensons que ce débat contribuera a améliorer sensiblement l’image de l’État d’Israël en Europe, qui est très négative, surtout depuis la dernière opération mili­taire israélienne menée contre le Hamas à Gaza. Le fait de montrer que la Communauté juive n’est pas monolithique, qu’il y a un vrai débat au sein de celle-ci sur l’épineuse et complexe question de l’avenir d’Israël, ne peut qu’avoir des incidences positives sur l’image d’Israël. Beaucoup d’Européens non-Juifs, dont un bon nombre de Musulmans, comprendront qu’un Juif européen peut soutenir inconditionnellement le droit à l’existence de l’État d’Israël sans sou­te­nir aveuglément les politiques du gouvernement israélien au pouvoir.

Force est de rappeler que les institutions communautaires juives européennes, dont le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (C.R.I.F.), dont on ne conteste pas la légitimité, ne re­pré­sentent officiellement que les Juifs qui fré­quentent les institutions communautaires juives, soit environ 30% de la population juive. Environ 70% des Juifs ne fré­quentent pas les institutions communautaires juives. Pourtant, ces derniers sont aussi très attachés à l’État d’Israël et sou­haitent s’exprimer. L’“Appel à la Raison” est une occasion pour eux de faire entendre leur voix.

C.J.N.: Votre Appel ne fournit-il pas des munitions supplémentaires aux ennemis de l’État d’Israël?

David Chemla: Ne soyez pas naïf! Les ennemis d’Israël, l’Iran d’Ahmadinejad, le Hezbollah, le Hamas, la Syrie… se soucient comme d’une guigne de notre Appel. Celui-ci ne risque pas d’influencer, ni positivement, ni négativement, leur stratégie, basée sur une rhétorique mensongère et une haine viscérale de l’État d’Israël. Les ennemis d’Israël sont incapables d’admettre les réalités de l’État d’Israël: un pays démocratique doté d’institutions très démocratiques, d’une presse très libre, d’une Cour suprême très libérale… Reconnaître ces réalités, ce serait le début de la fin de ces entités politiques arabes autocratiques. Notre Appel n’a rien à apprendre à ces farouches antisionistes et antisémites. Il ne s’adresse pas à eux.

In an interview, David Chemla, president of Peace Now in France, talks about the “Appeal to Reason,” a document presented to the European Parliament citing ways the signatories feel peace can be achieved in the Middle East.

 

© 2014 - CJNEWS.COM, all rights reserved.