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Friday, August 29, 2014

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Israël et la colonisation de la Cisjordanie

Tags: News
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Israël prolongera-t-il le moratoire sur la construction dans les colonies en Cisjordanie, qui vient de prendre fin?

Les pressions à l’égard du gouvernement de Benyamin Netanyahou, émanant de l’administration de Barack Obama, de l’Autorité Palestinienne de Mahmoud Abbas et de l’Union Européenne, ne cessent de s’accentuer. Nombreux sont les analystes du conflit israélo-palestinien qui estiment que la poursuite d’une politique de colonisation en Cisjordanie est incompatible avec les négociations entre Israël et l’Autorité Palestinienne, renouées récemment.

C’est tout du moins l’avis du politologue et historien israélien Élie Barnavi, ex-Ambassadeur d’Israël en France.

“Prétendre que les colonies juives en Cisjordanie “ne consti­tuent pas un obstacle à la paix” est une imposture. Si je fais tant de cas de ces colonies, ce n’est pas parce que je pense que leur gel et, en fin de compte, le démantèlement de la plupart d’entre elles suffiront à eux seuls à apporter la paix dans notre malheureuse contrée. Je n’ignore pas que d’autres obstacles redoutables se dressent sur la route: l’état de la société palestinienne, la montée en puissance de l’islamisme radical, le rapport de force régional et international… Qui peut garantir que le sacrifice des implantations suffirait à les surmonter? Cependant, il est absurde de prétendre qu’il n’y contribuerait pas grandement. La fin de la colonisation redonnerait de la vigueur à l’Autorité Palestinienne, dont l’impuissance à endiguer la marée des toits rouges qui enrage les Palestiniens et obère l’avenir de leur État l’a rendue ridicule aux yeux de ses propres citoyens. Elle priverait le Hamas et ses alliés d’un de leurs principaux arguments. La fin de la colonisation aurait aussi une influence immédiatement bénéfique sur un “processus de paix” ressuscité de ses cendres”, soutient en entrevue Élie Barnavi, qui a consacré dernièrement un essai à la question des colonies juives en Cisjordanie et aux autres grands enjeux du conflit israélo palestinien: Aujourd’hui ou peut-être jamais. Pour une paix américaine au Proche Orient (André Versaille Éditeur).

Pour Élie Barnavi, l’arrêt immédiat de la colonisation est “indispensable pour le bien-être, voire, pour la survie de l’État d’Israël”.

“Débarrassé de ce fardeau moral, éco­­no­mique et démographique, son État de droit raffermi, sa population libérée de l’alternative sinistre dans laquelle l’enferme à terme l’occupation -l’État binational ou l’Apartheid-, recouvrant une mesure de la sympathie dont les nations l’entouraient avant qu’il se soit mué en une puissance occupante et oppressive, Israël reviendrait à lui-même. Ainsi, si par malheur il devait, une fois de plus, se résigner à la guerre, il saurait au moins pourquoi.”

Le politogue israélien Emmanuel Navon, professeur de Relations internationales à l’Université de Tel-Aviv et chercheur au Centre Shalem de Jéru­sa­lem, un Institut de Recherche et d’Éducation ayant pour vocation de forger et transmettre des idées dans le domaine de la vie publique et intellectuelle du peuple juif, récuse vigoureusement ce point de vue, qu’il qualifie sans ambages de “naïf et incongru”.

“C’est facile de parler d’obstacle à la paix. Mais, aujourd’hui, le véritable obstacle à la paix, c’est l’intransigeance des Palestiniens. Chaque fois qu’Israël a fait une proposition de paix aux Palestiniens, ces derniers l’ont fougueusement rejetée. C’est cette attitude de rejet et de déni d’Israël qui est le vrai obstacle à la paix. La question des implantations n’est qu’un prétexte invoqué par les Palestiniens pour ne pas négocier avec Israël. Force et de rappeler qu’il n’y avait pas de paix avant 1967. Pourtant, à cette époque-là, il n’y avait pas une seule implantation juive en Judée et Samarie! Il ne faut pas éluder cette criante réalité.  Il est temps de remettre les pendules à l’heure! On a souvent l’impression que tous les problèmes ont commencé en 1967. Pourquoi, avant 1967, Israël et le monde arabe vivaient-ils en paix? Pas du tout. Il n’y avait pas de paix mais un rejet complet d’Israël par toutes les nations arabes. Les implantations sont la conséquence et non la cause du conflit israélo-arabe. Il ne faut pas renverser les faits”, lance Emmanuel Navon en entrevue depuis Jérusalem.

Israël et l’Autorité Palestinienne négocient depuis dix-sept ans. Pourtant, durant cette période-là, l’Autorité Palestinienne n’a jamais exigé d’Israël, comme condition préalable pour négocier, un gel total des constructions à Jérusalem et en Cisjordanie, rappelle ce membre actif du parti Likoud.

“Les Accords d’Oslo, qui stipulent très clairement que la question des implantations devra être abordée à la fin du processus de négociation et non au début, n’exige pas du tout d’Israël l’arrêt complet des constructions au-delà de la ligne verte de 1967. Il s’agit donc d’une nouvelle exigence des Palestiniens. Pourtant, pendant les négociations qui ont eu lieu entre Mahmoud Abbas et Ehoud Olmert entre 2007 et 2008, après la Conférence d’Annapolis, à aucun moment le Président de l’Autorité Palestinienne n’a exigé qu’Israël cesse toute construction au-delà de la ligne verte. Ça ne l’a pas empêché de négocier avec Ehoud Olmert, et de rejeter ensuite les propositions que ce dernier lui a faites. Des propositions, faut-il le rappeler, qui allaient plus loin que celles qu’ Ehoud Barak a faites aux Palestiniens après la Conférence de Camp David, en 2000.”

D’après Élie Barnavi, le président américain Barack Obama a très malhabilement géré l’épineuse question des colonies en Cisjordanie.

“Barack Obama aurait dû enrober la question de la colonisation à l’intérieur d’un plan de paix, qui de toute manière devra aborder frontalement la question des implantations juives. En procédant de la manière qu’il l’a fait, il a mis Benyamin

Netanyahou devant une situation où, d’un côté, le chef du Likoud perdait sa majorité à la Knesset et, de l’autre côté, ce dernier n’avait rien à craindre. Barack Obama s’est mis ainsi en position d’essuyer un refus de la part de Netanyahou, sans qu’il y ait de conséquence à ce refus. C’est un signe tangible de faiblesse. Toute sa gestion du dossier des implantations a été mauvaise de bout en bout. Ce qu’il a obtenu en définitif -que Netanyahou accepte de geler durant dix mois les constructions en Cisjordanie- ce n’est pas rien, mais ce n’est pas grand-chose!”

Emmanuel Navon abonde aussi dans ce sens, qualifiant la politique proche-orientale de Barack Obama d’“erronée et très peu équilibrée”.

“Au début de son mandat présidentiel, Barack Obama est parti du principe qu’Israël constituait le véritable obstacle à la paix. Pour relancer le processus de négociation avec les Palestiniens, il suffisait donc de faire plus de pression sur Benyamin Netanyahou  et son gouvernement. Ce présupposé s’est avéré complètement faux, dit-il. Le problème, ce n’est pas Israël, mais l’inflexibilité idéologique des Palestiniens, qui refusent toujours de reconnaître la spécificité juive de l’État d’Israël et récusent systématiquement la moindre proposition de paix faite par les Israéliens. C’est une conception totalement erronée de la réalité, qui consiste à voir la partie qui fait des efforts pour arriver à la paix comme l’unique obstacle à la paix. Au début de son mandat, Barack Obama a reçu à la Maison-Blanche Mahmoud Abbas et ensuite Benyamin Netanyahou. Il a alors exigé d’Israël un gel complet des constructions en Judée et Samarie et à Jéru­sa­lem. Par contre, le président américain n’a rien exigé de Mahmoud Abbas. Pourtant, encore aujourd’hui, les médias et les textes scolaires palestiniens sont bourrés d’informations abjectes et foncièrement antisémites incitant les Palestiniens à la haine contre Israël.  Cette tactique consistant à demander seulement à Israël des concessions et pas aux Palestiniens est une très mauvaise approche, qui a fini par se retourner contre l’administration Obama.”

Tout en considérant les colonies comme “une terrible gangrène” pour la société israélienne, le grand historien et journaliste d’enquête israélien Tom Segev, auteur de nombreux livres très remarqués sur les Israéliens et le conflit israélo-arabe, reconnaît que la fin de la colonisation israélienne ne sera pas “la panacée miracle” qui mettra fin au sempiternel contentieux israélo-palestinien.

“Il ne faut pas rêver en couleurs! Les questions très sulfureuses de l’occupation de la Cisjordanie, du statut politique de Jérusalem, des réfugiés palestiniens… sont des problèmes insolubles. Les Palestiniens exigent le retour d’Israël aux frontières de 1967. Les Israéliens sont prêts à évacuer des pans importants de la Cisjordanie, mais ils ne restitueront jamais les terroirs où ils ont édifié, à coups de dizaines de milliards de dollars, des grands blocs de colonies. Comment évacuer une ville comme Ariel, où vivent aujourd’hui quelque 18000 Israéliens? Ce n’est pas un scénario réaliste. La situation actuelle est catastrophique. Pendant que le Hamas est en train d’ériger un État islamiste et totalitaire à Gaza, et continue impunément à lancer des roquettes contre les villes israéliennes situées à proximité de cette enclave palestinienne surpeuplée et aux abois, Benyamin Netanyahou -Ehoud Olmert l’a fait aussi avant lui- veut nous faire croire qu’il est capable de conclure un accord de paix avec Mahmoud Abbas,  dont la cote de popularité est au plus bas dans l’opinion publique palestinienne. Or, ce dernier est incapable de neutraliser les factions radicales du Hamas et de rétablir l’ordre dans ce grand enfer chaotique qu’est devenu Gaza. Force est de rap­peler qu’aux yeux d’une large majorité d’Israéliens, Mahmoud Abbas n’est plus un interlocuteur crédible”, explique Tom Segev depuis Jérusalem.

Ce réputé historien et chercheur exclut catégoriquement dans un futur proche une entente négociée entre Israéliens et Palestiniens.

“J’appartiens à une génération qui croyait à la paix. La différence entre nous -dans ce “nous”, j’inclus les membres de la gauche pacifiste israélienne- et la nouvelle génération d’Israéliens, c’est que les jeunes ne croient plus à la paix. C’est une génération moins idéaliste, mais plus pragma­tique, qui ne croit pas en une paix viable avec les Palestiniens, mais croit par contre en la gestion de ce conflit. Les jeunes Israéliens sont convaincus, moi aussi d’ailleurs, que la paix n’est pas un objectif accessible dans un futur raisonnable, mais qu’une gestion pragma­tique de ce conflit endémique pourra rendre la vie plus supportable à la pro­chaine génération d’Israéliens.”


Not all political analysts agree about the role of the Israeli settlements in the attempts to achieve peace in the Middle East.

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