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Friday, August 22, 2014

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Le Nunavik de Mattia Pironti Levy

Tags: Canada
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“Pour la majorité des Québécois et des Canadiens, le Nunavik est un territoire sauvage et glacial situé à l’autre bout du monde.

Mattia Pironti Levy (assis parterre au milieu) sur la patinoire lors d’une séance de d’entraînement de hockey de jeunes Inuits du Nunavik
 


Pour moi, le Nunavik est un terroir majestueux d’une beauté inouïe, où j’ai eu l’opportunité de découvrir un grand peuple autochtone, les Inuits, sou­cieux de protéger l’environnement naturel que les hommes Blancs s’acharnent à amocher, et de vivre auprès de jeunes Inuits des expériences humaines très marquantes. ”

Mattia Pironti Levy aime passionnément la musique -il est un chanteur et compositeur fort talentueux-, sillonner de grands espaces naturels, découvrir de nouveaux horizons culturels, enseigner à des jeunes des matières scolaires de base, telles que les mathématiques, le français et les sciences, jouer au hockey, sport dont il s’échine à transmettre les rudiments à des enfants…

Ses deux séjours au Nunavik furent pour lui l’occasion de mettre en valeur ses talents sportifs, artistiques et péda­go­giques.

Ce globe-trotter de 21 ans a établi pour la première fois ses pénates au Nunavik au printemps 2007, après avoir été recruté comme instructeur de hockey par Joé Juneau, un ancien joueur professionnel de la Ligue Nationale de Hockey, qui a mis sur pied les premiers Programmes organisés de hockey pour les enfants Inuits de cette région arctique du Québec.

Le plus difficile pour Mattia fut de trouver un logement.

“Au Nunavik, dénicher un gîte, c’est une mission quasi impossible! Les rares motels affichent “complet” durant toute l’année. C’est très difficile aussi de loger chez l’habitant parce que les maisons des Inuits sont surpeuplées. Souvent, trois générations d’une famille par­tagent la même chambre. Les hôpitaux et les écoles ont des habitations exclusivement réservées pour leurs employés non-­Inuits. Jusqu’ici, les instructeurs de hockey étant tous Inuits, le Programme dirigé par Joé Juneau n’avait non plus aucun logement à mettre à ma disposition. Après moult démarches, Loly Annahatak, une femme Inuite aveugle de 60 ans, d’une très grande générosité, accepta de m’héberger”, raconte Mattia assis dans la cuisine de sa résidence d’Outremont.

Le Nunavik est un vaste territoire arctique situé au Nord du 55ème pa­ral­lèle, bordé à l’Ouest par la Baie d’Hudson, au Nord par le Détroit d’Hudson et à l’Est par la Baie d’Ungava et le Labrador. Ce vaste terroir abrite plus de 500000 kilomètres carrés de toundra sauvage, de forêts boréales, de montagnes spectaculaires, de rivières et de lacs imposants, rappelle Mattia. La population du Nunavik n’est que d’environ 11000 personnes, dont près de 90% sont des Inuits vivant dans 14 Communautés.

En 2007, Mattia séjourna à Kuujjuaq (grande rivière en inuktitut -langue parlée par les Inuits), le plus grand des 14 villages du Nunavik, comptant quelque 2000 habitants, situé directement sur la ligne des arbres, entre la taïga et la toundra, une région érodée où l’homme, la faune et la flore ont su s’adapter à tous les phénomènes climatiques.

“Les Inuits, qui adorent la chasse et la pêche, sont de grands amoureux de la nature. Ils ont une peur noire des pollueurs irresponsables des forêts, des ­rivières, des lacs, des prairies… Les Inuits entretiennent depuis des lustres avec leur environnement naturel une relation que l’homme Blanc a beaucoup de difficulté à saisir, dit-il. Ce qui frappe beaucoup le visiteur Blanc dès qu’il met les pieds au Nunavik, c’est l’absence totale de confort matériel, très prisé dans nos sociétés de consommation occidentales. Presque 50% des Inuits du Nunavik vivent sous le seuil de la pauvreté.”

Le Programme de hockey pour les jeunes initié par Joé Juneau ne débutant qu’à la fin août, Mattia a travaillé d’abord comme moniteur dans un camp d’été de jour, où il a organisé des activités dans un gymnase pour une cinquantaine d’enfants Inuits âgés de 4 à 12 ans.

Il ne s’attendait pas du tout à ce qu’on l’invite à participer au Festival de musique inuite de Kangirsuk, un village situé à environ 45 minutes par avion de Kuujjuaq -il est très difficile, surtout l’hiver, d’accéder à cette bourgade par voie terrestre.

“J’étais ravi et très honoré de participer à ce Festival de Musique inuite. Le seul hic c’était que j’allais être le seul chanteur non-Inuit à se produire dans cette manifestation musicale où tous les chanteurs invités interprètent leurs compositions en langue inuktitut. Sincèrement, j’avais la trouille. Je ne savais pas comment le public Inuit réagirait quand il enten­drait mes mélopées chantées en anglais. L’invitation à ce Festival musical m’a pris complètement de court. Je n’avais rien préparé. J’ai pris mon courage à deux mains et décidé d’interpréter quel­ques chansons de mon répertoire, dont une sur le Nunavik dont j’ai concocté les paroles sur scène de manière totalement improvisée. Les jeunes Inuits ont beaucoup aimé mes chansons. À la fin du spectacle, on m’a même demandé des autographes. Ce fut une expérience musicale fabu­leuse”, relate Mattia avec un brin de fierté.

Le Programme de hockey conçu par Joé Juneau, qui s’étale de la fin août à la fin avril, a pour objectif d’initier à ce sport quelque 200 jeunes Inuits, âgés de 6 à 17 ans. De 16h à 22h, Mattia et deux autres entraîneurs Inuits organisaient des séances de formation sur la glace. Prére­quis pour participer à ce Programme sportif: les jeunes doivent avoir une bonne attitude en classe et faire preuve de motivation dans leurs études. Mais, au Nunavik, structurer un Programme de hockey, ce n’est pas une sinécure, a pu constater de visu Mattia.

“Les structures, les règlements et la discipline horripilent les jeunes Inuits. Ces derniers ne sont pas habitués à ce qu’on leur impose des règles strictes. Dans leur famille, l’autorité parentale est inexistante. Ils ­n’écoutent pas ce qu’on leur dit. Leur philosophie de vie est plutôt: le bordel total! Les jeunes Inuits récusent toute autorité. On le voyait aussi sur la patinoire.”

Début mai, à la fin du Programme de hockey, Mattia a pu mettre à l’épreuve ses compétences péda­go­giques quand on lui proposa d’enseigner le français à des élèves Inuits de 6ème année du Primaire, en remplacement d’un professeur absent tempo­raire­ment. Jusqu’à la 3ème année du Primaire tout l’enseignement est prodigué en langue inuktitut. À partir de la 4ème année du Primaire, les enfants ont le choix de suivre leur enseignement en anglais ou en français. La langue inuktitut n’est alors enseignée qu’une heure par jour.

Dès le premier jour de classe, Mattia comprit rapidement la raison pour laquelle de nombreux enseignants non-Inuits démissionnent de leur fonction.

“En arrivant à l’école, des professeurs Blancs m’ont dit sans ambages: “Bonne chance! Essayez de survivre!” La plupart des enseignants Blancs que j’ai recontrés m’ont dit qu’ils vivaient des expériences pédagogiques “très ardues”. Le directeur de l’École ne m’a même pas présenté à mes élèves. Il me suggéra fortement de faire mon propre horaire et d’élaborer un programme péda­go­gique à ma convenace. J’ai réalisé très vite que les élèves de cette classe de 6ème année du Primaire comprenaient très mal le français. Au lieu d’enseigner, les professeurs de cet établissement scolaire passaient leur temps à essayer d’imposer leur autorité. Je me suis dit alors qu’il fallait recommencer à zéro. J’ai donc élaboré un programme de français interactif en prenant en considération les attentes de ces élèves peu disciplinés et déroutés face à la langue française. Au lieu de passer mes journées à faire de la discipline, j’ai essayé de m’adapter à mes élèves tout en créant en classe une atmosphère conviviale.”

Lors de son deuxième séjour au Nunavik, à l’été 2010, Mattia a travaillé comme animateur dans un Centre de Jeunesse, fréquenté par des jeunes de 7 à 19 ans, sis à Kuujjurapik, un village nordique de quelque 1500 habitants, situé à l’embouchure de la Grande rivière de la Baleine. C’est le seul village du Nunavik où la moitié de la population est Inuite et l’autre moitié Crie. Deux Communautés qui vivent complètement séparées. Dans le cadre de ses fonctions d’animateur, Mattia donna des cours de musique et organisa des activités sociales pour les jeunes.

Mattia conseillerait-il à un jeune en quête de nouveaux horizons et d’aventures exotiques de séjourner quelque temps au Nunavik?

“Je ne le recommande pas à tout le monde. Le Nunavik c’est un monde à part. Établir une communication étroite avec les Inuits, surtout avec les adultes, c’est toute une gageure. Pour un visiteur Blanc, la température peut être aussi un facteur démotivant. L’été, il fait très chaud et sec. L’hiver, le thermomètre peut atteindre jusqu’à -60 degrés celsius. Pour tenir le coup au Nunavik, il faut avoir un grand esprit d’ouverture envers les cultures étrangères. Surtout, évitez de débarquer au Nunavik la tête remplie de préjugés tenaces sur les Inuits et les peuples autochtones. Peu à peu, j’ai essayé de comprendre les moeurs et coutumes des Inuits. C’est un peuple noble et fier exaspéré par la condescendance et le manque de sen­si­bi­lité des Blancs.”

Mattia déplore que les gouvernements du Canada et du Québec soient moins enclins aujourd’hui à aider les Inuits du Nunavik à se dépêtrer de la situation socio­éco­no­mique très difficile à laquelle ils sont confrontés.

“Nos gouvernements sont en train de laisser sombrer les Inuits du Nunavik dans un abîme de pauvreté, de détresse psychologique et de désespoir. Les denrées alimentaires sont moins subventionnées, ce qui se traduit concrètement par une flam­bée des prix des aliments de base. L’alcoolisme, la drogue, la violence domestique… sont des fléaux qui sévissent avec force dans la société inuite. Les jeunes Inuits sont très affectés par cette situation éprouvante qui ne cesse de se détériorer. Fournir une aide financière minimale pour avoir bonne conscience et ensuite se laver les mains, ce n’est pas la solution idéale. Nous devons aider le peuple Inuit à sortir une fois pour toutes du cercle vicieux dans lequel il s’est enfermé”, estime Mattia.

Depuis son retour du Nunavik, à la fin 2010, Mattia donne des cours privés de mathématiques, de français, de sciences… à des élèves du Secondaire et des cégépiens, a repris son travail d’instructeur de hockey à l’Arena d’Outremont et s’est envolé vers Cuba pour enregistrer son pre­mier Disque CD, qu’il a intitulé Welcome to my World, produit avec la collaboration d’un producteur de musique cubain renommé, Kiki, et de musiciens locaux très expérimentés. Vous pouvez découvrir le travail musical original et impressionnant de Mattia sur son Site Internet: matmusik.com

Sa prochaine destination: Israël et, si possible, un séjour dans un Kibboutz. Mattia espère pouvoir participer cette année au Programme Birthright Israël, auquel il a soumis sa candidature dernièrement.

“J’ai visité il y a quatre ans Israël avec mes parents et mon frère. Je garde un excellent souvenir de ce vo­yage. Nous avons visité des Kibboutzim et j’ai été très impressionné par le type d’organisation qui régit ces Communautés collectives. J’aimerais beaucoup vivre l’expérience du Kibboutz. Les valeurs véhiculées par cette institution sont très proches des valeurs de vie que j’affectionne.”


Montrealer Mattia Pironti-Levy, 21, talks about his experience living in Nunavik in 2007 and again in the summer of 2010.

 

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