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Friday, July 25, 2014

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‘Il n’y a pas de Révolution dans le monde arabe’

Tags: International
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“Ne soyons pas dupes! L’anti­sio­nisme n’est qu’une forme d’antijudaïsme déguisée. L’antijudaïsme ne disparaîtra que lorsque les nations reconnaîtront leur dette immense à l’égard de la Bible et du Judaïsme”, lance en entrevue le réputé phi­lo­sophe et exégète biblique, Armand Abécassis.

Docteur d’État en Philosophie, certifié de langues sémitiques et d’arabe et professeur émérite de Philosophie générale et comparée à l’Université Michel-de-Montaigne de Bordeaux, Armand Abécassis, qui est un fin connaisseur de la Bible et du Nouveau Testament, est un éminent spécialiste de la pensée juive et de la pensée chrétienne. Ses écrits et ses enseignements témoignent d’un dialogue fécond entre le Judaïsme et le Christianisme. Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur la Tradition juive, la Tradition chrétienne et le dialogue interreligieux.

Dans son dernier livre, Il était une fois le Judaïsme, qui vient de paraître aux Presses de la Renaissance, Armand Abécassis  retrace dans un récit d’une grande limpidité, avec le souci de s’adresser à tous de manière objective, l’Histoire foisonnante et multimillénaire du peuple juif.

Conversation à bâtons rompus avec un Éclaireur de la Tradition juive.

Canadian Jewish News: Quel regard portez-vous sur les révoltes qui ont embrasé ces derniers mois plusieurs pays arabes?

Armand Abécassis: Dès que les peuples tunisien, égyptien, libyen… ont commencé à se révolter contre les régimes dictatoriaux qui les gouvernaient depuis plusieurs décennies, les journalistes, pris de court par ce maelström, ne se sont pas rendu compte qu’ils utilisaient pour décrire ces mouvements de contestation des concepts qui ne correspondaient pas en aucune façon à la réalité. Ces derniers s’empressèrent de qualifier de “Révolution” les révoltes qui ont ébranlé plusieurs pays arabes. Or, force est de constater qu’en Tunisie, en Égypte, en Syrie, au Bahreïn… il n’y a pas de “Révolution”. Dans ces pays, on a tout simplement évincé les autocrates qui étaient au pouvoir, mais la structure politique n’a pas changé. Ces peuples arabes échaudés n’étaient pas contents de leurs gouvernants, ils les ont tout simplement mis à la porte. La démocratie n’est pas un système qu’on peut échafau­der en l’espace de vingt-­quatre heures. La France a mis un siècle pour instaurer la démocratie.

Sur le plan métaphysique, ces révoltes arabes se situent en dehors de l’Histoire et de la Sociologie. La démocratie est le grand problème de l’Islam. Tant que l’Islam n’acceptera pas le principe de l’interprétation totale de ses Textes sacrés, il ne pourra pas laisser place à la démocratie et à la laïcité. Cela requiert une révolution religieuse extraordinaire que le peuple juif a faite, avec la Guémara, par rap­port à la lecture de la Torah et que les Chrétiens ont faite par rapport à la lecture du Nouveau Testament. Dans ce sens, le monothéisme le plus rigoureux est indéniablement l’Islam.

C.J.N.: Ça veut dire que le Judaïsme et le Christianisme ne sont pas des monothéismes rigoureux?

Armand Abécassis: Le monothéisme juif et le monothéisme chrétien ne sont pas rigoureux parce qu’ils discutent avec Dieu. Dans la Guémara, on fait changer d’avis Dieu. Ce n’est point le cas dans l’Islam où, d’après la tradition islamique, c’est l’Ange Gabriel qui a pris la main de Mahomet, qui était analphabète -il ne savait pas lire ni écrire-, pour rédiger le Coran. Que ce soit vrai ou faux historiquement, à partir du moment où c’est l’Ange Gabriel qui a écrit le Coran, ça veut dire que si on croit en Dieu, c’est seulement Dieu qui peut dicter la Loi qui fonde le lien social. Les Musulmans religieux nous disent: “Qu’est-ce que vous venez nous dire, qu’en démocratie ce sont les hommes qui se réunissent un jour d’élection pour décider quelle sera la Loi qui fondera leur lien social? Ça veut dire que vous ne croyez pas en Dieu?” Il est très difficile de répondre à cet argument. Dans la tradition juive, il n’y a qu’à lire le Talmud pour mesurer l’intensité des discussions que le peuple juif a avec Dieu. Il essaye de faire changer d’avis Dieu. Abraham ne craint pas d’interpeller Dieu pour lui dire: “Pourquoi veux-Tu détruire Sodome et Gomhore? Il y a des Justes dans ces deux Cités déliquescentes. Tu vas paraître injuste. Que vont dire les Nations?” Même si Abraham a perdu la bataille, il n’en demeure pas moins que le courage qu’il a eu de discuter comme un commerçant avec Dieu, c’est un acte audacieux inimaginable. Les Prophètes ont eu aussi ce courage de discussion et d’interprétation, qui est le seul élément fondateur de la démocratie. L’islam n’est pas encore à cette hauteur-là.

C.J.N.: D’après vous, le Sionisme -“le retour à Sion inscrit dans la Torah et dans le rituel des prières quotidiennes, tant à la Synagogue qu’à la maison”- a entraîné avec lui une nouvelle forme d’antijudaïsme déguisée en anti­sio­nisme.

Armand Abécassis: L’anti­sio­nisme, c’est de l’antijudaïsme parce que le principe du retour des Juifs sur leur Terre ancestrale fait partie constitutive de la visée messianique. On ne peut pas comprendre que le Messie vienne et que les Juifs soient en exil. L’identité collective d’Israël, du peuple juif sur sa Terre, est une dimension importante de la vision juive religieuse messianique. Le fait d’être contre Israël, c’est vouloir que les Juifs consi­dèrent leur religion uniquement comme une confession personnelle, comme dans le Christianisme. Or, nous, Juifs,  ne sommes pas Chrétiens, nous voulons aussi notre Terre. À lire les Prophètes, on apprend que la messianité qu’ils proposent à leur peuple et à l’humanité passe par les retrouvailles de l’Histoire juive avec sa géographie propre. Encore faut-il que les nations qui entourent le pays d’Israël le reconnaissent et que l’État d’Israël vive enfin avec elles dans la Justice et dans la Paix.

C.J.N.: D’après vous, le Judaïsme rejette la Mondialisation. Pourquoi?

Armand Abécassis: Depuis la Tour de Babel, on nous a expliqué que Dieu ne veut pas la massification, ni la Mondialisation, ni un rassemblement de l’humanité des nations par la ressemblance. Dieu disperse les nations. Aucune nation ne comprend la langue de l’Autre. C’est par le dialogue et l’enrichissement réciproque que les nations parviendront à s’entendre. Chaque culture doit pré­ser­ver sa spécificité et témoigner à sa manière de l’Universel. C’est cela la messianité juive. Il est important d’établir une distinction entre le messianisme et la messianité juive. Nous, Juifs, tenons à être un peuple sur notre Terre, pas par pathologie ni par maladie, mais par vision du monde. Nous voulons que chaque peuple reste sur sa Terre et puisse témoi­gner de l’Universel dans un dialogue avec les autres nations. Nous ne voulons pas l’union par la ressemblance mais par la différence.\

C’est un principe fondamental posé dans la Torah. C’est pourquoi Dieu convoque Abraham et lui dit: “Je t’appelle pour que toutes les familles de la Terre -Dieu fait allusion à des familles et non à la  massification- puissent être bénies par toi. Apprends leur à dialoguer et à tracer des canaux de communication et d’enrichissement réciproques sans qu’aucune culture ne s’assimile à une autre culture”.  C’est cela que les nations refusent au peuple juif. Elles sont angoissées devant la constitution du peuple juif en tant que Juifs sur leur Terre. Cette réalité irrécusable pose particulièrement des problèmes à la Théologie de l’Église chrétienne.

C.J.N.: Le débat sur la laïcité qui sévit actuellement en France et dans d’autres pays occidentaux est-il important pour les Juifs?

Armand Abécassis: Ce débat sur la laïcité ne concerne pas les Juifs. Les initiateurs de ce débat ont peur de dire que celui-ci a été provoqué par l’Islam. Depuis des siècles, jamais le gouvernement français n’a eu besoin de lancer un débat sur la laïcité à cause des Juifs ou des Chrétiens. Ça, il faut le rappeler en toute honnêteté. Les Juifs et les Chrétiens ont été parfaitement intégrés, et pas assimilés, à la société française. Les Juifs sont restés Juifs et ont servi la France comme les autres Français. Sur le plan de la laïcité, la France n’a rien à reprocher aux Juifs. Au contraire, ces derniers servent de modèle à tous ceux qui veulent s’intégrer à la nation française. Que veut dire pour les Juifs “être intégrés”? Aider le pays où ils vivent à construire sa propre identité tout en préservant leur identité juive.

Il faut rappeler qu’au 6ème siècle avant l’ère courante, après la destruction du premier Temple de Jérusalem, Jérémie, qui a fui en Égypte pour survivre, a envoyé à tous les Juifs exilés en Babylonie une fameuse lettre pour leur demander de participer à la construction de la nation. “Bénissez la nation qui vous a accueillis, construisez des maisons, mariez-vous, bénissez le gouvernement de votre pays”, enjoint-il à tous les Juifs. Ça fait vingt siècles que dans toutes les Synagogues du monde les Juifs bénissent le gouvernement du pays dont ils sont citoyens en tenant dans leurs bras le Sépher Torah.  Aucune nation n’a rien à reprocher aux Juifs en ce qui a trait à leur intégration. Nous, Juifs, avons servi les peuples avec lesquels nous avons vécu avec la plus grande authen­ti­ci­té. Nous avons gardé notre identité juive, qui n’a jamais été considérée comme contradictoire avec la laïcité. Donc, ce débat en France sur la laïcité, c’est l’attitude de l’Islam et des Musulmans en France et en Europe qui l’a créé. C’est un débat qui ne regarde absolument en rien les Juifs.


In a wide-ranging interview, French philosopher and specialist in the three monotheistic religions Armand Abécassis talks about some of the differences between these religions as they affect the world today.

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