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Friday, April 25, 2014

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La nationalité espagnole pour les Sépharades

Tags: International
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Isaac Querub Caro

C’est un moment mémorable et historique pour le Judaïsme espagnol et le Séphardisme. Les Sépharades descendants des Juifs expulsés d’Espagne en 1492 pourront bientôt, s’ils le souhaitent, acquérir la nationalité espagnole. Las Cortes -Parlement espagnol- adoptera prochainement une Loi qui permettra à ces derniers de recouvrer la natio­na­lité dont leurs ancêtres furent déchus lors de leur bannissement d’Espagne il y a 521 ans.

Isaac Querub Caro, Président de la Fédération regrou­pant les 13 Communautés juives d’Espagne, nous a expliqué au cours d’une entrevue la genèse et les principales Dispositions enchâssées dans cette nouvelle Loi espagnole élaborée spécialement à l’intention des Sépharades.

On estime entre 40000 et 45000 le nombre de Juifs vivant aujourd’hui en Espagne.

Figure de premier plan du Judaïsme espagnol, sépharade et européen, Isaac Querub Caro, né à Tanger, Maroc, en 1955, et établi en Espagne avec sa famille depuis 1966, a un parcours communautaire très marquant: ancien Président de la Communauté juive de Madrid; actuelle­ment Président des Amis Espagnols de Yad Vashem -Institution israélienne qui s’est mérité en 2007 le prestigieux Prix de “La Concordia” -“La Concorde”-, décerné par la Fondation du Prince des Asturies-; membre du Conseil des Gouverneurs de l’Université de Tel-Aviv; membre du Conseil d’Administration de la Section espagnole du Centre Shimon Peres pour la Paix…

Sous la gouverne d’Isaac Querub Caro, la Fédération des Communautés juives d’Espagne a joué un rôle majeur auprès du Gouvernement de Madrid dans le processus d’élaboration de cette nouvelle Législation qui réhabilitera bientôt un droit fondamental dont les Sépharades ont été privés pendant plus de cinq siècles.

Canadian Jewish News: Les Sépharades qui le souhaitent pourront bientôt obtenir un passeport espagnol. Cette décision inopinée prise dernièrement par le Gouvernement es­pagnol est indéniablement un événement historique pour les Sépharades.

Isaac Querub Caro: Absolument. L’opportunité qui sera bientôt donnée par l’Espagne aux Juifs Sépharades dont les ascendants furent expulsés de ce pays en 1492 d’obtenir la nationalité espagnole est certainement un événement historique majeur pour le Judaïsme espagnol et le Sé­phar­disme mondial. Le 22 novembre 2012, le Gouvernement de Mariano Rajoy a annoncé officiellement qu’il déposerait prochainement à las Cortes un Projet de Loi qui une fois adopté permettra à tous les Sépha­rades, descendants des Juifs contraints à l’exil en 1492 par les Rois Catholiques, Isabel de Castille et Ferdinand d’Aragon, d’acquérir automatiquement la nationalité espa­gnole, peu importe le pays où ils résident actuellement. Cette nouvelle Disposition légale est une avancée substantielle par rapport à une Mesure juridique précédente, instituée en 1982 lors de la réforme du Code civil espagnol, et toujours en vigueur, qui permet de conférer la nationalité espagnole aux Sépharades ayant résidé en Espagne minimalement deux ans. Pour les autres résidants étrangers, le laps de temps requis pour être naturalisé Espagnol est de dix ans.

C.J.N.: C’est le Gouvernement de Droite du Partido Popular (P.P.) de Mariano Rajoy qui a été l’instigateur de ce nouveau Projet de Loi.

Isaac Querub Caro: Oui. Alberto Ruiz-Gallardon, Ministre de la Justice dans le Gouvernement de Mariano Rajoy, et José Manuel Garcia-Margallo, actuel Ministre des Affaires étrangères de l’Espagne, ont été les concepteurs de ce Projet de Loi qui, une fois adopté, permettra aux Sépharades d’obtenir la nationalité espagnole. “Cette procédure légale est destinée à réunir tous les Sépharades qui ont été injustement privés de leur nationalité et qui ont recréé dans leurs coeurs une Espagne qu’ils ne se sont jamais résignés à avoir perdue et qui, désormais, est autant la leur que la nôtre aux termes de la Loi”, a déclaré le Ministre Alberto Ruiz Gallardon lors de la cérémonie où ont été publiquement présentées les grandes lignes de ce nouveau Projet de Loi.

C.J.N.: Seuls les Juifs pouvant prouver leur origine sépharade, au sens ibé­rique du terme, pourront obtenir la nationalité espagnole?

Isaac Querub Caro: Oui. Tous les Sépharades souhaitant obtenir la nationalité espagnole devront pré­alable­ment démontrer leurs liens avec l’Espagne, que ce soit par leur nom de famille -une liste des patronymes sépharades éligibles sera bientôt établie par le Gouvernement espa­gnol-; leur langue familiale; leur descendance directe ou leur lien de parenté collatéral avec des Sépharades expulsés d’Espagne en 1492; leur attachement aux us et coutumes sépharades; leur Certificat de mariage religieux-Kettouba-, célébré selon le rite synagogal sépharade; leur appartenance à une Communauté sépharade… Ces preuves de liens avec le Séphardisme espagnol devront être entérinées par une Attestation qui sera émise par la Fédération des Communautés juives d’Espagne.

C.J.N.: Les Sépharades répondant à ces critères identitaires peuvent-ils déjà obtenir automatiquement la nationalité espagnole?

Isaac Querub Caro: Pas encore. Tant que cette nouvelle Loi ne sera pas officiellement promulguée par las Cortes, les

Sépharades souhaitant être naturalisés Espagnols ne pourront pas acquérir automatiquement la nationalité espagnole. Le processus légi­sla­tif devant déboucher sur l’adoption de cette nouvelle Disposition juridique pourrait durer environ un an. Mais la volonté politique ferme expri­mée dans ce Dossier par les Ministres du Gouvernement de Mariano Rajoy, Alberto Ruiz Gallardon et José Manuel Garcia-Margallo, conforte notre optimisme de voir prochainement las Cortes adopter cette nouvelle Législation. Il faut rappeler que le Parti Socialiste espagnol, qui avait aussi de très bonnes relations avec la Communauté juive lorsqu’il était au pouvoir, et le Partido Popular, qui dirige actuellement le pays, ont toujours considéré le Séphardisme comme une composante importante de l’Histoire et de la Culture espa­gnoles. En ce qui a trait à la question “Sépharade”, il y a toujours eu un large consensus dans la classe politique espagnole. C’est ce qui nous motive à croire résolument que las Cortes adopte­ront bientôt le Projet de Loi que le Gouvernement de Mariano Rajoy vient de lui soumettre pour que l’on octroie la natio­nalité espa­gnole aux Sépharades descendants des Juifs bannis d’Espagne en 1492.

C.J.N.: Cette nouvelle Loi n’est-elle pas un fait inusité dans les annales historiques et juridiques de l’Espagne?

Isaac Querub Caro: Non. Il y a eu plusieurs antécédents. En 1924, le Gouvernement issu de la Dictature instaurée par Miguel Primo de Rivera promulgua un Décret juridique qui permit d’octroyer la nationalité à des Sépharades désireux de quitter des contrées ravagées par la guerre. Beaucoup de Sépharades de Turquie bénéficièrent de cette Disposition juridique. Cette Loi fut ré­acti­vée au début des années 90 durant la Guerre des Balkans pour permettre à des familles Sépharades natives de l’ex-Yougoslavie d’échapper aux affres de cette guerre civile très meurtrière et de s’établir en Espagne. En novembre 1992, quel­ques mois après la commémoration du 500ème anniversaire de l’expulsion des Juifs d’Espagne, las Cortes promulguèrent une Loi historique qui considérait, pour la première fois dans l’Histoire de l’Espagne, le Judaïsme comme “une religion à part entière”, qui bénéficie depuis des mêmes droits accordés au Catho­licisme, la religion officielle de l’Espagne. Cette Loi historique fut le fruit de longues années de négociations entre le Gouvernement espagnol et la Fédération des Communautés juives d’Espagne, présidée alors par un grand leader communautaire Juif, feu Samuel Toledano. Au printemps de 1992, lors de sa visite mémorable à la Synagogue de Madrid, le Roi Juan Carlos Ier déclara: “Les Juifs Sépharades ne doivent pas se sentir en Espagne comme chez eux parce que l’Espagne est leur maison”. Cette première visite royale à la Synagogue de Madrid a marqué indéniablement un avant et un après dans les relations entre l’Espagne et les Sépharades.

C.J.N.: Comment qualifieriez-vous l’état actuel des relations entre les Juifs et l’Espagne?

Isaac Querub Caro: Depuis le début du XXème siècle, l’Espagne a toujours essayé de se comporter honorablement envers les Juifs Sépharades. À la différence d’autres pays qui n’ont jamais rien fait pour les Juifs lorsque ces derniers vivaient des moments de grande détresse, l’Espagne s’est toujours bien comportée avec les Juifs. Certains diront que cette attitude affable vise à réparer la grande tra­gé­die que les Juifs ont vécue lorsque les Rois Catholiques avalisèrent leur expulsion des Royaumes de Castille et d’Aragon. C’est fort possible. Mais ce qui compte réellement dans la vie et dans l’Histoire, ce sont les gestes et les actes concrets et non les rhétoriques creuses. Sur ce plan-là, on ne peut rien reprocher à l’Espagne.

C.J.N.: Les Anoussim, descendants des Marranes espagnols qui furent forcés de se convertir au Catholicisme en 1492, pourront-ils obtenir aussi la natio­nalité espagnole?

Isaac Querub Caro: Plusieurs Rab­bins, et aussi des individus qui se sont autoproclamés Rabbins, considèrent que les Anoussim ont les mêmes droits que les autres Juifs et qu’ils devraient donc être reconnus comme Juifs sur le plan hala­khique, même si ces derniers n’ont jamais suivi un processus de conversion au Judaïsme selon le rite orthodoxe. Sur cette épi­neuse question, la position de la Fédération des Communautés juives d’Espagne est très claire: le seul avis que nous prendrons en considération est celui émis par l’unique haute Autorité rabbinique reconnue par la Fédération des Communautés juives d’Espagne, le Grand Rabbinat d’Israël. Or, cette Institution rabbinique orthodoxe, que nous avons longuement consultée sur la question des Anoussim, nous a recommandé d’analyser cas par cas. Il n’est donc pas question que nous reconnaissions aux Anoussim un droit automatique et collectif qui leur permettrait de réintégrer le peuple juif. Leur réintégration au sein du peuple juif requiert de leur part un pas de nature religieuse, c’est-à-dire une conversion au Judaïsme en bonne et due forme, en suivant les règles strictes établies dans ce domaine par le Grand Rabbinat d’Israël. Le même problème se pose aussi pour les Chuetas, les descendants des Conversos vivant dans l’Île de Majorque, dans les Baléares. Les Chuetas souhaitant réintégrer le peuple juif devront aussi suivre un processus de conversion devant les Tribunaux rabbiniques orthodoxes. Sur cette question, la position de la Fédération des Communautés juives d’Espagne est la même que celle qui est vigoureusement défendue par le Grand Rabbinat d’Israël.

C.J.N.: Certains se demandent si en adoptant cette nouvelle Législation, le Gouvernement de Mariano Rajoy ne tente pas en cette période de crise économique aiguë que connaît l’Espagne d’attirer des Juifs pour qu’ils investissent dans le pays?

Isaac Querub Caro: Je ne crois pas que la décision du Gouvernement espagnol soit motivée par des raisons de nature financière. C’est la Mémoire de Séfarad qui a certainement encouragé les Autorités espa­gnoles à faire ce pas gigantesque et historique. Par ailleurs, il est vrai que l’Espagne est confrontée aujourd’hui à une grave crise économique. Je crois que ce serait très bénéfique pour ce pays et son économie que des Juifs des quatre coins du monde s’éta­blissent en Espagne et apportent avec eux des capitaux. Je ne vois rien de mal dans ce souhait sincère.

In an interview, Isaac Querub Caro, president of the federation of the 13 Jewish communities of Spain, talks about upcoming legislation that will enable descendants of Jews expelled from Spain in 1492 to become naturalized Spanish citizens.

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