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Saturday, December 27, 2014

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Un livre remarquable sur l’Histoire du Maroc

Tags: Books and Authors
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L’Histoire du Maroc que vient de publier l’historien français Daniel Rivet aux Éditions Fayard est un livre passionnant et très éclairant qui nous fait traverser plusieurs siècles d’Histoire marocaine tambour battant, de l’Empire romain à la première islamisation au VIIème siècle, puis de l’émergence des constructions impériales au XIème siècle jusqu’à l’avènement du Roi Mohammed VI en 1999.

Daniel Rivet nous plonge dans ce pays aux contrastes fascinants, où coexistent les cités arabisées du Nord et les casbah berbères du Sud, les Musulmans et les Juifs, les Docteurs de la Loi et les Saints…

Exceptionnel au Maghreb à bien des égards, le Royaume Chérifien ne laisse pas percer ses secrets facilement: depuis quand le Maroc existe-t-il? Comment expliquer la pérennité de la monarchie alaouite marocaine? Pourquoi des styles culturels aux antipodes parviennent-ils à cohabiter?

Fidèle au mot du réputé historien français Paul Veyne pour qui “expliquer plus, c’est raconter mieux”, Daniel Rivet fait sa place au temps long, aux structures, à l’équilibre entre État et nation, tout en entraînant le lecteur dans le tourbillon des événements. Il livre des portraits vibrants aussi bien des bourgeois Fassis ou des Ksouriens du Tafilalt au XVIIème siècle que de la jeunesse contemporaine marocaine, parce que, par-delà l’abstraction du Maroc, il y a les hommes.

L’auteur consacre plusieurs pages à l’Histoire des Juifs du Maroc.

L’origine des Juifs du Maroc prête à discussion, rappelle-t-il.

“L’hypothèse d’une première Diaspora consécutive à la déportation à Babylone en 597 avant J.-C. se révèle peu plausible. Celle d’un exode au Maroc après la destruction du Temple de Jérusalem en 70 après J.-C. paraît plus fondée, explique-t-il. Des inscriptions attestent de la présence des Juifs à Volubilis et dans les Tribus avoisinantes peu avant l’arrivée des conquérants arabes. On en trouve jusque dans le Sous, et l’existence de Berbères judaïsés, à l’instar de ceux qui furent christianisés, ne fait aucun doute. Le berbère restera longtemps la langue privilégiée des Rabbins pour expliquer les écritures vétéro-testamentaires et pour assurer la prédication à la Synagogue. Les Juifs sont au diapason des sermonnaires Musulmans qui au XIIème siècle ont encore recours au berbère pour le prône du vendredi (la Khutba).”

Minorité enclavée, les Juifs du Maroc ne constituent nullement une “Communauté encapsulée”, soutient Daniel Rivet.

“Les Mellahs, où ils sont progressivement assignés à résidence à partir du XIXème siècle, ne peuvent être assimilés aux ghettos d’Europe orientale et les Juifs du Maroc qualifiés de peuple paria. Les Juifs sont simultanément proches des Musulmans et distincts d’eux. Avec eux, ils partagent un Répertoire musical commun, dont la musique arabo-andalouse, périodiquement interdite par des Sultans puritains et dont ils deviennent les conservateurs en fait. Les Juifs et les Musulmans vouent un culte commun à certains Saints. Et la parenté est saisissante entre une Hilûla et un Mawsim, une Medersa et une Yéchiva, ainsi que les ressemblances entre le Ilm et la Halakha, deux formes de savoir appliqué, qui marginalisent la culture des experts en écriture monothéiste.”

À la distance entre Communautés imposée par la majorité musulmane, il faut ajouter les différences re­ven­di­quées par les Juifs comme des “marqueurs identitaires”, souligne Daniel Rivet.

“Intervient d’abord le tabou sexuel porté par le peuple théophore du Dieu d’Israël sur la relation entre un Juif et un étranger: “Que jamais le sexe d’un étranger ne se porte sur ton vagin!” prononce rituellement le Rabbin lors de la cérémonie de naissance d’une fillette dans la Communauté locale. Opèrent ensuite les marques de différenciation alimentaire. Les Juifs, en effet, apprêtent le couscous sans beurre s’il contient de la viande et sans viande s’il comprend un produit lacté. Ils préfèrent le boeuf au mouton pour la tfina. C’est là une manière de se distinguer des Musulmans, pour qui le mouton connote l’Aïd el-Kébir. Et puis, en matière de commensalité intercommunautaire, les Juifs marquent le pas. Un Musulman invité par un Juif peut manger de tout avec lui; un Juif convié chez un Musulman peut seulement parta­ger avec lui le cru et la boisson, car la viande de l’autre et ses ustensiles pour la cuire sont considérés dans le Judaïsme comme impurs.”

En définitive, entre Juifs et Musulmans s’est établi un rapport de “complémentarité et de concurrence”, de “proximité et d’exclusion” , constate Daniel Rivet.

“Excepté sous les Almohades, il n’y a jamais eu de conversion forcée. C’est pourquoi la Mémoire des Juifs du Maghreb (du Maroc en particulier), diasporés depuis les années 1950, est une Mémoire non point de déploration comme en Europe, mais d’idéalisation et de nostalgie d’une Histoire brusquement interrompue.”

L’Histoire du Maroc de Daniel Rivet est un ouvrage appelé à devenir une référence.

Professeur émérite à l’Université de Paris 1-Panthéon-Sorbonne, Daniel Rivet a enseigné l’Histoire contemporaine à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Rabat de 1967 à 1970 et à l’Université Lumière-Lyon II. Il a consacré l’essentiel de ses Travaux de Recherche au Maghreb de l’époque coloniale.

 

A history of Morocco from the Roman Empire to 1999, recently published by French history professor Daniel Rivet, includes the role of the Jews in that country.

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