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Déboulonner les mythes sur les Hassidim d’Outremont

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Annie Ousset-Krief

Dans un essai très fouillé et solidement documenté, Les Hassidim de la Belle Province. De la Pologne à Montréal (Éditions L’Harmattan, Paris, 2017), l’universitaire française Annie Ousset-Krief déboulonne des mythes tenaces au sujet des Juifs hassidiques.

Ce livre fort éclairant est le fruit d’une longue enquête que l’auteure a menée auprès de cette communauté juive ultra-orthodoxe établie à Montréal depuis le début des années 40.

Annie Ousset-Krief a interviewé plusieurs personnalités de la communauté hassidique d’Outremont, rencontré des femmes hassidiques aux antipodes de l’image que l’on se fait habituellement de celles-ci et partagé la table d’une accueillante famille hassidique lors d’une fête religieuse juive.

Elle brosse une rétrospective historique des quartiers d’Outremont et du Mile End, où les Hassidim ont bâti leur communauté au début de la Seconde Guerre mondiale, présente les principaux groupes formant la population hassidique de Montréal, analyse leur mode de vie, étudie la situation des femmes dans cette communauté très observante et aborde l’épineuse question des relations entre les Hassidim et les résidents non-Juifs d’Outremont.

Agrégée d’anglais et docteure ès lettres, Annie Ousset-Krief est maître de conférences à l’Université Sorbonne Nouvelle à Paris. Spécialiste reconnue de l’histoire des États-Unis et de la communauté juive américaine, elle est l’auteure de deux autres livres: Les Juifs d’Europe orientale aux États-Unis,1880-1905, publié aux Éditions L’Harmattan en 2009, et Les Juifs américains et Israël. De l’AIPAC à JStreet, paru chez le même éditeur en 2012.

Le nouveau livre d’Annie Ousset-Krief s’adresse aux Français et aux autres francophones européens souhaitant mieux connaître cette communauté qui est parvenue, contre vents et marées, à maintenir vivant le judaïsme ultra-orthodoxe né dans la Pologne du XVIIIe siècle.

“Le hassidisme m’intrigue et me fascine depuis longtemps. En France, il y a beaucoup de Loubavitch, mais les Hassidim originaires de Pologne et d’autres contrées d’Europe de l’Est sont totalement inconnus. La seule image que les Français ont des Hassidim est Méa Shéarim, le quartier ultra-orthodoxe de Jérusalem. Moi, je ne m’intéresse pas à Méa Shéarim, mais aux Hassidim d’Amérique du Nord. Aux États-Unis, les Hassidim s’impliquent de plus en plus dans vie politique américaine. C’est une nouvelle dimension de cette communauté. C’est passionnant d’imaginer ce que cet engagement politique pourra donner à terme. Je compte poursuivre mes recherches pour comprendre ce phénomène inédit dans l’histoire de la communauté juive américaine”, explique Annie Ousset-Krief en entrevue.

Pour retracer la genèse de la communauté hassidique, la chercheuse a sillonné les terroirs d’Europe de l’Est où celle-ci est née et a vécu pendant de nombreux siècles.

“J’ai visité en Pologne les villages où le hassidisme a vu le jour, au XVIIIe siècle. Il n’y a plus un seul Juif dans ces bourgades. Les Hassidim ont relevé un immense pari: réimplanter leurs traditions ancestrales sous des cieux plus cléments. C’est certainement une grande prouesse sur le plan identitaire, souligne Annie Ousset-Krief. Sur le plan religieux, la pérennité du hassidisme est un phénomène fascinant. Les Hassidim ont préservé leur foi et leurs convictions religieuses tout en vivant dans le monde moderne. On les compare toujours, à tort, aux Amish, ce groupe protestant arrivé aux États-Unis au XVIIIe siècle qui s’est complètement coupé du monde moderne. Ils ne ressemblent en rien aux Amish. Les Hassidim ont des téléphones portables et utilisent quotidiennement les outils technologiques les plus sophistiqués. Tout en vivant dans la modernité, ils ont conservé leur foi, leurs traditions et leurs valeurs. Ils n’embêtent personne, laissons-les vivre!”

Annie Ousset-Krief a été agréablement surprise par l’”accueil très cordial” que ses interlocuteurs hassidiques lui ont réservé.

“Si je n’avais pas eu droit à un accueil aussi chaleureux, mon livre aurait été certainement différent. Des personnalités majeures de la communauté hassidique m’ont ouvert grandement les portes de leur domicile. Elles m’ont invité à célébrer avec leur famille le Shabbat et la fête de Simha Torah. Pourtant, elles savaient que je ne suis pas une Juive pratiquante et que mon époux est non-Juif. Elles n’ont jamais porté le moindre jugement à mon égard. C’est pourquoi j’ai voulu dans ce livre casser des clichés pernicieux véhiculés au sujet des Hassidim.”

Annie Ousset-Krief a rencontré des jeunes membres de la communauté hassidique d’Outremont qui s’escriment à bâtir des ponts avec les résidents non-Juifs de cette municipalité montréalaise, notamment la conseillère municipale Mindy Pollak, cofondatrice, avec une résidente d’origine palestinienne, Leila Marshy, des Amis de la rue Hutchinson, et Cheskie Weiss, qui tient un blog, en anglais et en français, sur la communauté hassidique d’Outremont.

“J’ai trouvé formidable cette volonté de se rapprocher des résidents non-Juifs d’Outremont. Mindy Pollak et Cheskie Weiss essayent de convaincre leurs concitoyens non-Juifs qu’ils ne sont pas des “monstres fermés aux autres”. Mindy Pollak m’a expliqué que les Hassidim et les francophones d’Outremont éprouvent le même sentiment, celui de se sentir rejeté par l’autre communauté. C’est une situation qui est tendue par moments. Les crises sont récurrentes. Malheureusement, il y a des membres du conseil municipal d’Outremont qui sont déchaînés contre la communauté hassidique. C’est une réalité malsaine, et même dangereuse.”

Annie Ousset-Krief a lancé récemment son livre, après la clôture d’un colloque sur les Hassidim du Québec, organisé par l’historien Pierre Anctil, qui a eu lieu à l’Université McGill dans le cadre de l’ACFAS – Association francophone pour le savoir.

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