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Les Sépharades du Nord du Maroc pendant la Shoah

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Michel Abitbol

Depuis 2011, les Juifs du Maroc ayant été victimes de discriminations antisémites pendant la Seconde Guerre mondiale sont indemnisés financièrement par l’Allemagne.

En 1940, le gouvernement français pronazi de Vichy, dirigé par le Maréchal Philippe Pétain, décida d’appliquer aux pays d’Afrique du Nord sous sa juridiction les mesures antijuives qu’il promulgua au début de la guerre.

C’est la Claims Conference -la Conférence des Réclamations– qui a négocié et conclu avec le gouvernement allemand cette entente d’indemnisation.

Pourquoi les Juifs hispanophones qui vivaient dans la zone Nord du Maroc pendant la dernière grande guerre ne sont-ils pas éligibles à ces réparations financières?

Nous avons posé cette question à l’un des meilleurs spécialistes de l’Histoire des Juifs d’Afrique du Nord sous le régime de Vichy, le réputé historien franco-israélien Michel Abitbol, professeur émérite d’Histoire à l’Université Hébraïque de Jérusalem, et aux dirigeants de la Claims Conference, dont le siège central est établi à New York.

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Voici l’explication de Michel Abitbol:

“Les Juifs qui habitaient dans la zone espagnole du Nord du Maroc ont été épargnés à l’époque de Vichy pour la simple raison qu’ils étaient sous domination du régime franquiste. Or, bien que Franco était un allié de facto d’Hitler, cela ne l’a pas conduit à sévir contre les Juifs qui vivaient en Espagne et dans les territoires du Maroc sous domination espagnole. Bien au contraire. Par conséquent, cela me paraît parfaitement logique que les Juifs de la zone espagnole du Maroc -Tanger, Tétouan, Larache, Alcazar- ne soient pas éligibles aux réparations financières consenties par le gouvernement allemand.”

La Claims Conference tient à faire cette mise au point importante:

“La Claims Conference a négocié avec le gouvernement allemand des compensations pour tous ceux qui ont souffert pendant la Shoah. Ces négociations n’ont pas comme seul critère le fait que l’on soit Sépharade ou Ashkénaze,  ou le lieu géographique où ces victimes de la Shoah vivaient pendant la guerre (Pologne, Russie… ou l’Afrique du Nord). Le seul critère pris en considération: que la personne réclamant une indemnisation ait été victime de persécutions pendant la Deuxième Guerre mondiale.”

Donc, le seul facteur qui détermine si une personne a le droit, ou non, à percevoir une compensation est le type de persécution qu’elle a subie pendant la guerre de 1939-1945, indépendamment du pays où elle résidait.

Ainsi, les Juifs qui ont été internés dans des camps de concentration allemands sont éligibles à percevoir une pension.

Les Juifs déportés dans le camp d’Auschwitz-Birkenau, situé en Pologne, étaient originaires de différents pays. Il y avait dans ce camp de la mort nazi des Ashkénazes de Pologne et d’Hongrie et des Sépharades de Grèce.

Dans le camp de Bergen-Belsen, les Juifs originaires des pays d’Europe n’étaient pas les seuls prisonniers, il y avait aussi des Juifs de Libye.

Les Juifs reclus dans le camp de concentration de Giado, situé en Libye, ont aussi pleinement le droit à recevoir une pension, précise la Claims Conference.

Au fil des années, la Claims Conference est parvenue avec succès à élargir le critère, basé sur le type de persécution subie, pris en considération par le gouvernement allemand pour allouer une compensation financière.

“Le principal élargissement de ce critère a été la reconnaissance par le gouvernement allemand de la “résidence forcée” à laquelle les Juifs du Maroc ont été assujettis pendant la Seconde Guerre mondiale”, souligne la Claims Conference.

Dans les villes marocaines sous le contrôle du gouvernement de Vichy, un ordre fut émis pour que les Juifs soient forcés de vivre dans le Mellah. Plusieurs affirment que le vrai but de cette mesure discriminatoire adoptée par le gouvernement de Pétain était de transférer dans le Mellah, où la majorité des Juifs marocains habitaient déjà, les Juifs européens qui résidaient au Maroc.

La Claims Conference a obtenu que tous les Juifs qui vivaient dans le Mellah soient aussi indemnisés par le gouvernement allemand.

“Les Juifs qui résidaient dans les régions du Maroc sous contrôle espagnol, par exemple dans la ville de Tanger (le Maroc était alors divisé entre le Maroc français et le Maroc espagnol), n’ont pas été touchés par cette mesure discriminatoire décrétée par le gouvernement de Vichy. C’est pourquoi ces Juifs marocains ne sont pas éligibles aux compensations financières versées par le gouvernement allemand”, explique la Claims Conference.

La Claims Conference continue à négocier avec le gouvernement de Berlin pour obtenir la reconnaissance d’autres victimes de la Shoah qui jusqu’ici n’étaient pas éligibles aux compensations financières allouées par l’Allemagne.

En plus des programmes de compensations financières destinés aux victimes juives de la Shoah, celles dont les revenus sont limités sont éligibles aussi à  recevoir d’autres types d’aides: services à domicile, médicaments, nourriture…

Ces programmes sont administrés par les agences communautaires juives chargées des affaires sociales.

À Montréal, le Service d’Assistance aux survivants de l’Holocauste du Centre juif Cummings pour Aînés coordonnes ces programmes d’aide aux victimes de la Shoah bénéficiant déjà d’une compensation financière prodiguée par le gouvernement allemand.

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