Le pape François et le dialogue judéo-chrétien

Le pape François et le dialogue judéo-chrétien

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“Le pape François entretient une relation étroite avec le judaïsme et le peuple juif grâce à son grand ami, le Rabbin argentin Abraham Skorka, qui lui a fait mieux connaître la richesse des traditions de cette religion monothéiste plurimillénaire et l’a sensibilisé aux craintes, profondes et légitimes, qui taraudent aujourd’hui le peuple juif. Le rapprochement historique des Juifs et des Chrétiens, amorcé en 1962 à la suite du Concile Vatican II, demeure pour le pape François une grande priorité. “Pour être un bon Chrétien, il faut d’abord être un bon Juif”, a déclaré sans ambages l’actuel Saint-Père. Cette affirmation majeure annonce de nouveaux jours prometteurs pour les relations judéo-chrétiennes.”

Le journaliste d’investigation suisse Arnaud Bédat, spécialiste des questions vaticanes, a eu le privilège de rencontrer à plusieurs reprises le pape François et des membres de son entourage. Il fait partie de la très sélecte poignée de journalistes accrédités par le Vatican pour accompagner le Saint-Père lors de ses périples apostoliques en dehors de l’Italie.

Arnaud Bédat vient de consacrer une enquête très fouillée aux quatre premières années du pontificat du pape François, François seul contre tous. Enquête sur un pape en danger (Éditions Flammarion).

Un livre choc et haletant, qui se lit comme un thriller.

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C’est le deuxième livre qu’Arnaud Bédat dédie au pape François. Son premier opus, François l’Argentin. Le pape intime raconté par ses proches (Éditions Pygmalion, 2014), a eu une excellente presse.

Arnaud Bédat nous a accordé une entrevue lors de son récent passage à Montréal.

La forte amitié qui s’est nouée entre le Rabbin Abraham Skorka, leader spirituel de la communauté Bnei Tikva de Buenos Aires -affiliée au mouvement juif conservateur-, et professeur de littérature rabbinique au Séminaire théologique Juif d’Amérique latine -établi à Buenos Aires-, et Jorge Bergoglio, actuel pape et ancien cardinal de Buenos Aires, a certainement contribué à changer sensiblement la perception que le pape François avait des relations judéo-chrétiennes, estime Arnaud Bédat.

Les deux hommes se sont connus au milieu des années 90.

“Il y a eu dans l’histoire de l’Église beaucoup de méfiance envers le judaïsme et les Juifs, et des rapports très tendus. Au chapitre des relations judéo-chrétiennes, des avancées gigantesques ont été réalisées pendant le long pontificat de Jean-Paul II. Le pape François continue à œuvrer dans cette voie d’espoir tracée par Jean-Paul II.”

Quant au très controversé projet de canonisation du pape Pie XII, à qui la communauté juive reproche son silence abyssal pendant la Shoah, le journaliste croit que celui-ci a été mis en sourdine par le pape François.

“En rouvrant le dossier sulfureux de la canonisation de Pie XII, le pape François ferait certainement plaisir aux Chrétiens traditionalistes de droite, qui le fustigent et veulent l’évincer du Vatican. Il n’a pas besoin de faire un tel cadeau à des ennemis aussi farouches. Quand il rouvre un dossier, il n’a pas envie de faire resurgir les fantômes du passé.”

Le dialogue entre Juifs et Musulmans est aussi une grande priorité pour le pape François.

“Le Saint-Père s’escrime à mettre en œuvre sa logique de paix. Il veut que les Musulmans et les Juifs dialoguent et parviennent à une paix réelle. En Argentine, il est arrivé à réunir autour d’une table les leaders spirituels des communautés musulmane et juive. Le pape François ne fera jamais quelque chose de trop appuyé envers les Musulmans, ni envers les Juifs. Il va toujours essayer de trouver le juste chemin en demeurant fidèle à l’adage de Dostoïevski: “résoudre le mal par le bien””, explique Arnaud Bédat.

Qui sont aujourd’hui les plus redoutables ennemis du pape François?

“Son premier grand ennemi, qui veut à tout prix l’assassiner, est l’État islamique. Pour cette organisation terroriste islamiste, le pape François est le héraut attitré de millions d’”apostats chrétiens qui souillent la grandeur de la religion musulmane”. L’assassinat du pape François serait une prise de guerre fabuleuse pour l’État islamique qui, médiatiquement, est en pleine déliquescence. Si on se met dans la logique guerrière et sanguinaire de cette organisation terroriste, brandir le scalp du pape constituerait une victoire inouïe. Ces djihadistes feraient la fête pendant des jours et des nuits”, explique Arnaud Bédat.

C’est pourquoi, ajoute-t-il, le voyage très courageux que le pape François effectuera dans les prochains jours en Égypte, pays où la minorité chrétienne copte a été à plusieurs reprises sauvagement attaquée par les fanatiques de l’État islamique, se déroulera sous très haute sécurité.

Les autres grands ennemis du pape François sont des Catholiques intégristes de droite ulcérés par les réformes ambitieuses que celui-ci a entreprises au sein de l’Église catholique, précise le journaliste.

Mais les élans révolutionnaires du pape François ne finiront-ils pas par se heurter à une réalité incontournable: les dogmes immuables du catholicisme?

“Le pape François est un “révolutionnaire”, comme l’ont été des saints  -il est très admiratif de Saint Thomas d’Aquin, Saint Augustin, Saint Martin, Saint Paul de Tarse…-, qui veut “bousculer les choses” dans la curie romaine et au sein de l’Église catholique. Il est vrai qu’il y a dans le catholicisme des dogmes établis qu’on ne pourra jamais remettre en question: l’infaillibilité papale, l’Immaculée conception… Ce sont des doctrines inchangeables. Mais il faut établir une distinction entre les doctrines et les règles. Une règle peut être changée, vous pouvez faire bouger les lignes de celle-ci. Par exemple, le célibat des prêtres, ce n’est pas une doctrine. C’est pourquoi le pape François a ouvert ce dossier très épineux.”

D’après Arnaud Bédat, le pape François essaye d’abord de changer les esprits et ensuite de trouver des solutions par le truchement du dialogue.

“Il ne veut pas attiser les conflits. Il essaye de résoudre les problèmes le plus paisiblement possible. Il a amorcé une révolution étapiste au sein de l’Église catholique. Il est l’instigateur de la redoutable partie d’échecs qui se joue aujourd’hui à Rome.”