Le Parti Québécois et le BDS anti-Israël

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Jean-François Lisée

Jean-François Lisée, le nouveau chef du Parti québécois (PQ) et chef de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale du Québec, a accordé une entrevue au Canadian Jewish News.

Nous lui avons demandé quelle était sa position sur la campagne internationale BDS, prônant le boycott, les désinvestissements et les sanctions économiques contre Israël?

“J’ai peut-être une déformation de journaliste, mais pour moi la liberté d’expression, c’est-à-dire, la liberté de dire des sottises, est une vertu cardinale. En ce qui a trait au boycott économique d’Israël, je me suis exprimé à plusieurs reprises ces dernières années sur cette question. Ma position demeure la même: lorsqu’on connaît la résilience de la communauté juive et d’Israël, il est farfelu de penser qu’un boycott économique pourra changer quoi que ce soit. C’est vraiment ne rien comprendre à l’histoire du peuple juif. Les citoyens sont libres d’utiliser leur pouvoir de consommation comme ils le veulent, mais, moi, je n’appuyerai jamais ce mouvement de boycott anti-Israël. Il y a des gens qui soutiennent le mouvement BDS avec des connotations anti-israéliennes détestables.”

Jean-François Lisée préconise avec entrain une “convergence des forces souverainistes”. À cet effet, il a exhorté dernièrement les dirigeants du parti de gauche, Québec solidaire (QS), à constituer un pacte avec le PQ.

QS, qui soutient inconditionnellement le mouvement BDS, encourage sans ambages un boycott économique tous azimuts d’Israël.

Une alliance avec QS pourrait-elle remettre en question la position traditionnelle du PQ sur BDS?

“Nous avons des désaccords importants avec QS sur un grand nombre de sujets, souligne Jean-François Lisée. C’est pourquoi nos deux partis sont distincts, et vont le demeurer. Il n’est pas question que le PQ adopte le programme de QS, et vice-versa. Notre principal objectif est de débarrasser le Québec d’un gouvernement du Parti libéral incompétent, qui fait du tort au “vivre ensemble” et à la nation québécoise dans son ensemble. Sur certains sujets précis, notamment la hausse du salaire minimum à 15 $, le réinvestissement dans les services de santé et d’éducation, plutôt qu’une diminution des impôts, le changement du mode de scrutin pour introduire la proportionnelle… le PQ et QS partagent la même position. Quant aux sujets sur lesquels nous sommes en désaccord, par exemple la campagne BDS, nous continuerons à diverger même si nous unissons nos forces.”

La consolidation des relations entre le Québec et Israël constitue-t-elle un dossier important pour le PQ?

“Absolument. On peut avoir des désaccords avec la politique israélienne, par exemple sur les colonies de peuplement en Cisjordanie. Ça je l’ai déjà dit et je continuerai à le dire. Mais il faut rappeler qu’en termes économiques, de créativité et de bonnes pratiques dans le domaine du développement des start-up œuvrant dans le créneau de la haute technologie et des PME, Israël fait partie des nations phares.”

Comment Jean-François Lisée qualifierait-il les relations actuelles entre le PQ et la communauté juive québécoise?

“Quand j’étais ministre responsable de la métropole, j’ai commencé à établir des contacts suivis avec toutes les communautés montréalaises, y compris la communauté juive. Je les ai rencontrées assez régulièrement, comme ministre et, ensuite, lors de mes courses au leadership du PQ. J’ai rencontré dernièrement des membres de la communauté juive. Pour moi, c’est essentiel d’avoir un dialogue suivi parce que, parfois, il y a des désaccords. Mais, je ne veux pas qu’il y ait des désaccords fondés sur des malentendus. Dans ce sens, je pense avoir établi un contact de confiance avec la communauté juive, comme avec d’autres communautés.”

Toutefois, l’histoire des relations entre le PQ et les communautés culturelles du Québec pourrait se résumer ainsi: un rendez-vous manqué.

Jean-François Lisée estime qu’il est grand temps que le PQ et les Québécois et Québécoises issus des communautés culturelles amorcent un chapitre plus prometteur de leurs relations, qui ont été souvent en dents de scie.

Il y a quelques semaines, la direction du PQ a dévoilé sa nouvelle stratégie pour renforcer les relations avec les leaders et les membres des communautés culturelles québécoises.

“Il y a une nouvelle génération d’acteurs au sein du PQ qui estime qu’il nous faut tourner définitivement la page du passé, tabler sur le présent et nous tourner vers l’avenir. Il y a aussi une nouvelle génération de Québécois et Québécoises issus de la diversité, qui n’était pas là il y a vingt ans, qui veut absolument contribuer pleinement à l’essor du Québec d’aujourd’hui”, dit Jean-François Lisée.

Pour ce dernier, il est essentiel que le PQ représente tous les Québécois et Québécoises qui partagent les valeurs de ce parti: la social-démocratie, la défense d’une identité québécoise commune et ouverte à l’Autre, l’épanouissement, personnel et collectif, de chaque Québécois dans la société québécoise…

Il est impératif pour le PQ d’envoyer des “signaux très forts” aux membres de la diversité qui, sur le plan électoral, “sont tenus pour acquis par le gouvernement du Parti libéral”.

“Force est de rappeler, poursuit Jean-François Lisée, que les douze dernières années, le bilan du gouvernement libéral en matière d’intégration à l’emploi a été désastreux. Il n’est pas normal que le taux de chômage des immigrants au Québec soit de 11 %, et de 18 % pour les membres de la communauté maghrébine. Les libéraux n’ont pas adopté des mesures concrètes pour lutter contre la discrimination au logement. Ils n’ont pas non plus augmenté significativement la présence des membres de la diversité dans la fonction publique et n’ont pas agi sur les questions de la neutralité de l’État et de la laïcité.”

Convaincre les membres des communautés culturelles d’adhérer au projet indépendantiste défendu par le PQ n’est-ce pas une énorme gageure?

“Oui, admet Jean-François Lisée. C’est pourquoi on a décidé de ne pas tenir un référendum sur la souveraineté du Québec pendant le premier mandat d’un prochain gouvernement du PQ. C’est un moment qui doit être privilégié pour nous rassembler sur d’autres sujets. Je pense qui si on inclut les membres de la diversité, et de la communauté juive aussi, dans nos processus de décision et dans nos actions, à ce moment, le canal de communication sera plus ouvert pour parler de la suite. On ne pourra pas inviter les Québécois issus de la diversité à créer un pays s’ils ne se sentent pas suffisamment inclus dans la nation qui formera ce futur pays.”

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