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Les Juifs iraniens du Québec

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Zaki Ghavitian

En 1970, alors qu’il est âgé de 18 ans, Zaki Ghavitian quitte Téhéran pour entreprendre des études supérieures en génie électrique à l’École Polytechnique de l’Université de Montréal.

Pour un jeune juif iranien, sortir d’Iran n’était déjà pas une sinécure.

Les autorités gouvernementales iraniennes exigeaient un «gage», c’est-à-dire un montant substantiel en dollars américains, à être versé en espèce, ou un actif ayant la même valeur monétaire -un terrain, un meuble ou une voiture de luxe-, afin de contraindre le jeune en question à retourner en Iran pour effectuer son service militaire obligatoire.

Zaki Ghavitian réussit à verser ce pécule au gouvernement de Téhéran grâce à l’argent qu’il avait accumulé au fil des années en effectuant des petites corvées pendant ses vacances scolaires.

Son intention, une fois son diplôme d’ingénieur en poche, était de rentrer à Téhéran pour exercer sa profession dans la société civile iranienne.

Il n’aurait jamais pensé qu’une révolution islamiste, orchestrée par l’Ayatollah Khomeini depuis la France, où il vivait en exil, allait balayer en quelques semaines le puissant régime militaro-politique instauré par le Chah d’Iran, Mohammad Reza Pahlavi.

Zaki Ghavitian n’a plus jamais remis les pieds dans son pays natal.

Son père, sa mère et ses cinq sœurs ont, quant à eux, émigré en Israël.

Après l’obtention de son baccalauréat, il a poursuivi des études de maîtrise en génie électrique à l’École Polytechnique de Montréal.

Il a pris sa retraite professionnelle récemment, après avoir mené une brillante carrière de 36 ans à Hydro-Québec, où il a assumé des fonctions de haute responsabilité dans des domaines très variés, depuis la planification de l’équipement de production et de transport de l’électricité jusqu’à la gestion d’importants projets.

Les quinze dernières années, il a été chef du département de contrôle des coûts de grands projets développés par Hydro-Québec.

Zaki Ghavitian a été élu, à plusieurs reprises successives, président des quatre plus importants organismes représentant les ingénieurs du Canada et du Québec : Ingénieurs Canada, l’Ordre des ingénieurs du Québec, la Corporation de services des ingénieurs du Québec et le Conseil interprofessionnel du Québec, qui représente les quarante-cinq ordres professionnels du Québec.

L’une de ses grandes fiertés est d’avoir réussi son intégration dans les sociétés québécoise et canadienne.

Ce Sépharade observant, marié et père de quatre enfants, très engagé bénévolement dans la communauté juive de Montréal depuis de nombreuses années, est aussi président de l’Association des Juifs iraniens du Québec.

Au début des années 80, quelque 1 000 Juifs iraniens, fuyant la révolution islamique qui embrasait leur pays, ont trouvé refuge à Montréal, où la majorité d’entre eux ont obtenu le statut de réfugié.

Mais, quelques années plus tard, beaucoup quittèrent le Québec pour s’établir en Californie, particulièrement à Los Angeles, où réside aujourd’hui la plus importante communauté iranienne d’Amérique du Nord. Quelque 500 000 Iraniens, dont près de 60 000 de confession juive, vivent à Los Angeles.

«Un grand nombre de mes coreligionnaires iraniens n’ont pas supporté le rude hiver canadien. Ils ont préféré rebâtir leur vie en Californie, sous des tropiques plus cléments. La communauté juive iranienne de Los Angeles est l’une des communautés sépharades les mieux structurées et organisées de la Diaspora. Elle compte de nombreux centres communautaires, synagogues, écoles, associations culturelles, regroupements de gens d’affaires… Le Séphardisme iranien est très vivace en Californie», rappelle en entrevue Zaki Ghavitian.

Aujourd’hui, la communauté juive iranienne de Montréal compte seulement une cinquantaine de familles, résidant dans l’arrondissement Saint-Laurent de la Ville de Montréal, à Côte Saint-Luc, à Dollard-des-Ormeaux…

«La communauté juive iranienne du Québec est très éparpillée. C’est ce qui rend difficile l’organisation d’événements communautaires sur une base régulière. Un autre grand défi : transmettre notre héritage culturel à la jeune génération de Juifs d’origine iranienne. Nos enfants parlent de moins en moins le farsi -la langue prédominante en Iran. La majorité de nos jeunes se considèrent plus Juifs canadiens que Juifs iraniens. Dans le monde de plus en plus globalisé culturellement dans lequel nous vivons, c’est un énorme défi auquel toutes les communautés juives de la Diaspora sont désormais confrontées.»

Dans les années 90, grâce à l’appui de la Communauté sépharade du Québec (CSQ) et à la générosité des membres de l’Association des Juifs iraniens du Québec, une synagogue iranienne a été aménagée dans les locaux abritant le Centre Communautaire Juif du YM-YWHA.

«Depuis, beaucoup de familles juives iraniennes ont quitté Montréal. Aujourd’hui, je suis le seul Juif iranien à fréquenter cette synagogue de rite sépharade marocain, que j’ai l’auguste privilège de présider. 99,9 % des membres sont des Marocains. C’est moi et mon épouse, Tikva, qui préparons la Dafina servie après le Kiddoush du Shabbat 

Zaki Ghavitian espère-t-il retourner un jour en Iran?

«Non, répond-il sur un ton catégorique. Je ne suis pas nostalgique, mais réaliste. Il y a des pages dans une vie qu’on se doit à un moment donné de tourner définitivement.»

Combien de Juifs vivent encore en Iran?

«Environ 25 000, dit-il. Ils pratiquent librement leur religion. Dans l’Iran de l’ère post-Khomeini, qui demeure un pays fondamentaliste, la religion juive est respectée. Quand ils ne se mêlent pas de politique, les Juifs iraniens vivent paisiblement.»

Quels sont les projets de Zaki Ghavitian pour les années à venir ?

«Continuer à m’impliquer bénévolement dans ma merveilleuse communauté et à m’amuser comme un fou tous les jours avec un petit bambin magnifique, mon premier petit-fils, Daniel, qui nous comble, moi et mon épouse, de bonheur et ne cesse de nous donner le tournis !», nous a-t-il confié avec un grand sourire.

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