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Une superbe BD sur Israël de Michel Kichka

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Michel Kichka (Elie Max Kichka Photo)

Le talentueux caricaturiste et dessinateur de presse Michel Kichka croque la société israélienne à pleines dents dans une bande dessinée subjuguante, hilarante et fort émouvante, Falafel sauce piquante (Éditions Dargaud, 2018).

Par le biais de ses traits de crayon percutants et de son regard sensible, en se basant sur ses expériences de vie en Israël, qui l’a accueilli il y a 44 ans, il brosse une radioscopie intelligente et sans concession de ce pays, qui fête cette année ses 70 ans.

Michel Kichka nous raconte avec brio son Israël en évoquant des moments charnières de l’histoire de cette contrée qui, sept décennies après sa création, est toujours confrontée à de grandes menaces existentielles.

Cette BD des plus captivantes dépeint un Israël hétéroclite, vibrant et inédit, à mille lieux des clichés tenaces sur l’État hébreu.

Au fil des pages, Michel Kichka narre, avec moult détails et un sens saisissant de la formule, son parcours de vie en Israël: sa découverte de la société israélienne au début des années 70, sa vie de bohème avec sa femme Olivia, une Française qu’il a connue en Israël, son service militaire, les guerres d’Israël, son intégration progressive dans une société israélienne de plus en plus “orientalisée”, ses relations avec ses voisins arabes, son combat permanent en faveur de la paix…

Falafel sauce piquante est une BD autobiographique bigrement réussie à dévorer sans plus attendre.

En 2012, Michel Kichka a publié une première BD autobiographique, encensée par la critique, Deuxième génération. Ce que je n’ai pas dit à mon père (Éditions Dargaud), dans laquelle il relate ses relations avec son géniteur, Henri Kichka, survivant des camps d’extermination nazis.

Né en Belgique en 1954, Michel Kichka a fait son Aliya en 1974. Il vit avec sa famille à Jérusalem, où il enseigne le dessin à la prestigieuse Académie des beaux-arts Bezalel. Toutes les semaines, il commente, par le truchement de ses caricatures, les faits les plus brûlants de l’actualité nationale et internationale dans des émissions d’affaires publiques des télévisions israélienne (Channel 2, Channel 1i24NEWS) et française (TV5 Monde). Il a présidé pendant plusieurs années l’Association des caricaturistes et dessinateurs de presse d’Israël. Il est membre de Dessins pour la Paix —Cartooning for Peace—, une association fondée par Plantu, célèbre caricaturiste du journal Le Monde, qui regroupe des dessinateurs de presse d’une cinquantaine de pays. Il est conseiller scientifique du Musée israélien de la BD et de la caricature, qui lui a consacré une rétrospective. En 2008, il a reçu le prix israélien Dosh Cartoonist Award et, en 2011, le ministère français de la culture lui a décerné le titre de Chevalier des Arts et des Lettres.

Michel Kichka a répondu à nos questions depuis Jérusalem.

Présentez-nous brièvement votre nouvelle BD.

J’ai fait mon Alyah en 1974, mu par un élan sioniste et laïc fort. Israël était un jeune pays socialiste qui pansait les blessures de la guerre du Kippour. Je venais participer à la construction du pays et à la mienne propre. Le pays a beaucoup changé en 44 ans, moi pas tant que ça. C’est cette histoire personnelle que j’ai voulu raconter dans cette BD car elle relate en filigrane l’histoire d’Israël.

Cette BD est un condensé de l’histoire d’Israël basé sur votre expérience de vie.

Absolument. J’ai choisi de ne raconter que les temps forts et significatifs pour moi et ma famille. Ce n’est pas un livre d’histoire, mais un livre d’histoires.

On a l’impression en parcourant cette BD que l’Ashkénaze d’origine belge que vous êtes s’est considérablement orientalisé depuis son arrivée en Israël, il y a plus de quarante ans.

Je dirais plutôt que je me suis moyen-orientalisé car en Israël le melting pot des cultures et des traditions est grand, les cultures sépharades étant elles-mêmes imprégnées des cultures arabe, yéménite, irakienne, libanaise, turque, grecque, etc. Je ne me définis plus comme Juif ashkénaze, mais d’abord comme Israélien. Je rejette l’utilisation du spectre communautaire comme instrument politique qui déchire la société israélienne.

Quel regard portez-vous sur l’Israël d’aujourd’hui?

J’ai un regard critique et inquiet. Le rêve d’une société plutôt égalitaire et plutôt ouverte sur le monde a été remplacé par une Start-up Nation, un État-nation d’extrême droite replié sur lui-même, qui tente de délégitimer les gens comme moi. Je reste néanmoins sioniste et optimiste, mais la politique menée par les gouvernements successifs depuis l’assassinat de Yitzhak Rabin nous mène droit dans le mur (que nous avons construit de nos propres mains).

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Les dessinateurs de presse et les caricaturistes israéliens ont-ils réellement, avec leurs dessins, une influence sur les plans social et politique?

On pourrait poser la question aux cartoonistes de tous les pays. L’influence du dessin de presse est relativement faible de nos jours. Un dessinateur n’a jamais provoqué un changement de pouvoir ou une révolution. Mais il en est l’écho, et aussi parfois le visionnaire. Il est vrai que dans notre XXIe siècle des dessins ont provoqué des émeutes, des fatwas, des assassinats, des massacres, mais la cause n’en était pas le pouvoir immense des dessins mais bien la folie de la terreur et du fanatisme.