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Tuesday, September 16, 2014

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L’État de Palestine voeu chimérique ou réalité?

Tags: Israel
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Shlomo Ben-Ami

Ministre des Affaires étrangères d’Israël et Ministre de la Sécurité publique dans le Gouvernement travailliste dirigé par Ehoud Barak de 1999 à 2001, Shlomo Ben-Ami, qui fut Ambassadeur d’Israël en Espagne de 1987 à 1991, a été un acteur de pre­mier plan dans le processus de négociations entre Israël et les Palestiniens. En 1991, il fut membre de la Délégation d’Israël à la Conférence de Paix de Madrid et, en 2000, il participa activement aux rondes de négociations israélo-palestiniennes aux Sommets de Camp David et de Taba, qui se déroulèrent sous les auspices du Président américain Bill Clinton.

Ce Sépharade né à Tanger, au Maroc, en 1944, qui a fait son Aliya avec sa famille en 1955, Diplômé en Histoire de l’Université de Tel-Aviv, où il fut Professeur titulaire pendant une trentaine d’années, et de l’Université d’Oxford, est l’auteur de plusieurs livres très remarqués sur l’Histoire de l’Espagne contemporaine et de deux ouvrages majeurs sur le conflit israélo-arabe: Quel avenir pour Israël? (Éditions des Presses Universitaires de France, 2001) et Scars of War Wounds of Peace. The Israeli-Arab Tragedy (Éditions Weidenfeld & Nicolson, Londres, 2005).

Shlomo Ben-Ami est actuellement Vice-Président du Centre international de Tolède pour la Paix, une Groupe de réflexion et d’analyse qui élabore des stratégies de Diplomatie parallèle qui explorent des pistes potentielles de solutions pour dénouer  des conflits internatio­naux, au Moyen-­Orient, en Amérique latine, en Afrique du Nord…

Cet observateur chevronné de la scène moyen-orientale nous a ac­cordé une entrevue récemment -dans un pro­chain article, nous publierons les réflexions de Shlomo Ben-Ami sur les Révolutions en cours dans des pays arabo-musulmans.

Canadian Jewish News: Les négociations entre Israéliens et Palestiniens sont au point mort depuis longtemps. Y a-t-il encore un espoir que ce processus de paix tétanisé soit relancé pro­chaine­ment ?

Shlomo Ben-Ami: Je ne crois pas que les négociations reprendront de sitôt. Comme condition préalable pour retourner à la table des négociations, les Palestiniens exigent d’Israël la reconnaissance officielle des frontières de 1967 et le gel  total des constructions de nouvelles colonies en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Avec des demandes aussi catégoriques, je ne vois vraiment pas comment les négociations pourraient reprendre. Les Palestiniens continueront à imposer à Israël des conditions radicales. Ils sont arrivés à la conclusion que ça n’a aucun sens de continuer à négocier avec Benyamin Netanyahou. Que c’est une pure perte de temps pour eux. Ils veulent internationaliser le conflit. Les Palestiniens considèrent qu’actuellement, l’équation Israël=Palestine est totalement désé­qui­librée, en faveur d’Israël. Pour renverser cette tendance, ils tablent sur l’appui de la Communauté internationale afin que celle-ci les aide à créer une nouvelle balance des forces, qui leur sera favorable. Ainsi, les Palestiniens espèrent que l’équation politique actuelle, Israël et les États-Unis contre la Palestine, sera bientôt remplacée par une nouvelle équation, qui penchera favorablement de leur côté: Israël et les États-Unis contre la Communauté internationale. 

C.J.N.: Les Palestiniens préfèrent donc quêter une reconnaissance internationale de leur État auprès des pays membres de l’O.N.U. plutôt que de poursuivre les négociations avec Israël.

Shlomo Ben-Ami: Il y a peu de chances que les dé­marches entreprises par le Président de l’Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas, auprès de l’O.N.U., pour que la Palestine soit admise pleinement au sein de cette Organisation supranationale, aboutissent positivement. En effet, les ­Palestiniens se heurteront au veto des États-Unis au Conseil de Sécurité de l’O.N.U. Peut-être que plus tard, l’Assemblée Générale de l’O.N.U. conférera à la Palestine le statut de pays observateur. Mais, à court terme, la partie est loin d’être gagnée pour les Palestiniens.

C.J.N.: Donc, selon vous, l’État de Palestine ne verra pas le jour prochainement?

Shlomo Ben-Ami: Dans le contexte actuel, la création d’un État palestinien en Cisjordanie et dans la bande de Gaza me paraît un scénario difficilement réalisable. L’Accord conclu début mai entre le Fatah et le Hamas est un Accord virtuel. Sur le terrain, ce pseudo-Accord n’a jamais été mis en oeuvre. Le Hamas ne renoncera jamais au “Patrimoine” qu’il a patiemment bâti à Gaza. Les leaders très dogmatiques de ce Mouvement politique islamiste sont résolus à continuer à gouverner Gaza en dépit des menaces lancinantes proférées à son endroit par le Fatah.

Mahmoud Abbas verse des salaires à 60000 Gazaouis, qui occupent des emplois inutiles et totalement fictifs, seulement pour maintenir l’influence -minimale-  du Fatah à Gaza. Malgré l’Accord paraphé en mai, le Hamas interdit toujours à Mahmoud Abbas de fouler le sol de Gaza. La libération du soldat israélien Gilad Shalit en échange d’un millier de prisonniers palestiniens a con­si­dé­rable­ment renforcé la popularité du Hamas à Gaza et en Cisjordanie au détriment de la crédibilité du Fatah de Mahmoud Abbas. Les relations interpalestiniennes qui prévalent actuelle­ment ne sont certainement pas un gage rassurant pour la création d’un État palestinien stable et viable.

C.J.N.: Comment envisagez-vous les perspectives politiques futures dans les Territoires palestiniens?

Shlomo Ben-Ami: Il n’y aura pas des élections dans les Territoires palestiniens dans un proche avenir parce que Mahmoud Abbas est un politicien sui generis qui, en dépit de sa grande impopularité auprès des Palestiniens, a toujours tablé sur un stratagème politique très astucieux pour se maintenir au pouvoir: sa menace de dé­mis­sion­ner. Mais en réalité, il ne démissionnera pas. Mahmoud Abbas sait pertinemment que son pouvoir réside dans sa faiblesse politique. Foncièrement convaincu qu’il n’y a au sein du Fatah aucun autre leader capable de le remplacer, il ne cesse de claironner: “Après moi, ce sera le déluge!” Entre-temps, Mahmoud Abbas est résolu à mobiliser la Communauté internationale en faveur de la création d’un État palestinien et à persuader celle-ci d’exercer des pressions constantes sur Israël pour qu’il lâche du lest, pour que le gouvernement de Benyamin Netanyahou soit renversé et qu’il y ait de nouvelles élections en Israël afin que l’Autorité Palestinienne puisse négocier avec un nouveau gouvernement israélien… Nous ne sommes pas à la veille de sortir de ce cercle politique infernal et vicieux pérennisé par Mahmoud Abbas. Je ne crois pas que, tangiblement, sur le terrain, l’État palestinien, qui sera probablement reconnu par des Organisations internationales, soit déjà au coin de la rue. Dans le contexte politique actuel, ce scénario me paraît peu plausible.

C.J.N.: Les propositions de paix faites par Israël aux Palestiniens depuis 2000 étaient déjà très généreuses. Est-ce réa­liste d’envisager de nouvelles concessions de la part d’Israël?

Shlomo Ben-Ami: Très franchement, je doute fort que le gouvernement de Benyamin Netanyahou, ni aucun autre gouvernement qui pourrait lui succéder, pourra faire aux Palestiniens des offres plus généreuses que celles qui leur ont été déjà faites, en 2000, par le gouvernement d’Ehoud Barak à Camp David et, en 2008, par le gouvernement d’Ehoud Olmert. Nous devons être réalistes. Si Accord de paix il y a dans le futur, les Palestiniens devront accepter les paramètres établis dans le Plan de paix du Président Bill Clinton, qui leur a été proposé en décembre 2000 lors des négociations de Taba, et les propositions de paix formulées par Ehoud Barak en 2008. Réclamer plus relèvera d’un scénario de science-fiction! Israël ne pourra jamais aller au-delà de ces propositions déjà très généreuses -restitution de 98% des Territoires occupés, partage de Jérusalem, compensation financière pour les réfugiés palestiniens…

C.J.N.: Dans les négociations avec les Palestiniens, la latitude d’action du gouvernement de Benyamin Ne­tan­ya­hou n’est-elle pas très limitée?

Shlomo Ben-Ami: L’actuel système électoral israélien est une structure politique suicidaire.  Le système de coalitions gouvernementales est un véritable cauchemar pour tous les Chefs de gouvernement israéliens. Un nombre non négligeable d’Israéliens sont favorables au gel des constructions dans les Territoires palestiniens. Mais dans la structure politique  actuelle d’Israël, basée sur des coalitions gouvernementales hétéroclites et fragiles, un gel total des constructions dans les Territoires palestiniens entraînera systématiquement la chute du gouvernement au pouvoir, peu importe que celui-ci soit dirigé par le Likoud, Kadima ou le Parti Travailliste. Et, s’il n’y a plus de gouvernement à Jérusalem, avec qui les Palestiniens vont-ils négocier? Ainsi, tout gouvernement favorable à l’arrêt total de la colonisation des Territoires palestiniens paiera dans une phase intermédiaire -avant que les négociations ne reprennent- le prix politique très élevé qu’il est supposé payer lorsqu’un Accord final de paix sera conclu avec les Palestiniens.

C.J.N.: La politique de colonisation des Territoires palestiniens du gouvernement de Benyamin Netanyahou est-elle un sérieux obstacle pour la paix ?

Shlomo Ben-Ami: Non. La meilleure preuve: tous les gouvernements israéliens, y compris ceux qui ont fait les propositions de paix les plus révolutionnaires et les plus généreuses, en l’occurrence les gouvernements dirigés  par Ehoud Barak et Ehoud Olmert, n’ont jamais décrété un gel des constructions en Cisjordanie, à Gaza et à Jérusalem-Est pendant qu’ils négociaient avec les Palestiniens. La construction de nouvelles colonies juives n’a jamais empêché des gouvernements israéliens de faire des offres de paix très généreuses aux Palestiniens. Si ces derniers les avaient acceptées, la question de démanteler les colonies ne serait plus un problème qui les concernerait mais un sérieux casse-tête qui tarauderait seulement les Israéliens. Le processus de négociations israélo-palestinien ne doit pas être stoppé à cause des colonies juives. Israël a démontré dans le passé aux Palestiniens et au monde arabe qu’il était capable de démanteler des implantations. Ariel Sharon l’a fait à Gaza, en 2005, et Menahem Begin l’a fait dans le Sinaï, au début des années 80. Qu’Israël soit un État lunatique qui gaspille inutilement des centaines de millions de dollars pour édifier des colonies qu’il démantèle ensuite -une gabegie insensée!, ça c’est le problème d’Israël et non des Palestiniens.

C.J.N.: L’exigence d’Israël d’être reconnu par les Palestiniens comme un État juif vous paraît-elle réaliste?

Shlomo Ben-Ami: Cette exigence d’Israël est d’une certaine manière un euphémisme pour faire comprendre très explicitement aux Palestiniens qu’en ce qui a trait à l’épineuse question de leurs réfugiés, les Israéliens rejettent catégoriquement la revendication du “droit de retour” de ces derniers en Israël et n’est disposé à accueillir aucun réfugié palestinien sur son sol car Israël est et compte demeurer un État juif. Je vous avoue que j’ai été abasourdi quand j’ai entendu Mahmoud Abbas déclarer sans ambages lors de son récent discours à l’O.N.U., où il a demandé aux membres de cette Organisation de reconnaître officiellement l’État de Palestine, que la Terre sainte est un lieu sacré pour les Chrétiens et les Musulmans. À aucun moment dans son allocution Mahmoud Abbas n’a pris la peine de mentionner les liens tenaces qui unissent depuis des lustres le peuple juif à la Terre sainte et à Jérusalem. Ce fut une bourde énorme. Il ne s’agit pas d’une gaffe involontaire, mais d’une erreur historique qu’il a commise délibérément. Dans le cadre d’un Accord de paix avec Israël, les Palestiniens devront accepter cette réalité ir­ré­fu­table: Israël est la patrie historique du peuple juif.

Former Israeli foreign affairs minister Shlomo Ben-Ami talks about the possibility of having a Palestinian state, which he says is not likely to happen soon.

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