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Entrevue avec le philosophe Michel Onfray

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Michel Onfray (Éditions Albin Michel photo)

Dans un essai décapant, Grandeur du petit peuple (Éditions Albin Michel, 2020), le philosophe Michel Onfray prend la défense des Gilets jaunes et fustige les élites politiques, intellectuelles et médiatiques libérales qui, selon lui, les honnissent.

Radioscopie d’une révolution sociale, symptôme manifeste de la dislocation profonde de la société française.

Auteur d’une centaine de livres traduits dans vingt-cinq pays, Michel Onfray est le philosophe français le plus connu et le plus lu de sa génération. Il est le créateur de l’Université populaire de Caen et d’une Web TV indépendante (michelonfray.com).

Il a répondu à nos questions.

 

 

 

Selon vous, aujourd’hui, la France est plus que jamais coupée en deux : il y a ceux sur lesquels s’exerce le pouvoir, le peuple, et ceux qui exercent le pouvoir, l’élite. Quelles seront, à long terme, les conséquences de cette fracture sociale ?

Je ne suis pas marxiste, mais je dois avouer que je souscris à l’analyse de Marx: cette paupérisation ne peut que générer une violence sociale qui rend tout possible: révoltes, embrasements, révolutions, dictatures, terrorisme, surgissement d’un homme providentiel, la partition ou le séparatisme entre communautés violemment montées les unes contre les autres, mais aussi: suite de la décomposition, rien de véritablement démocratique…

L’actuelle épidémie de coronavirus démontre la faillite de l’européisme et le retour à de vieilles valeurs qui sont autant d’anciennes vertus étatistes et souverainistes: l’intérêt général, le bien public, la solidarité, la fraternité, l’État-providence, jusqu’aux nationalisations, c’est dire…

Les Gilets jaunes, que beaucoup de Français considèrent désormais comme un mouvement de contestation en voie de marginalisation, n’ont-ils pas raté leur principal objectif, la reconnaissance par l’État français de leurs revendications, parce qu’il ne se sont jamais doté d’une direction structurée et unifiée ?

Les Gilets jaunes ont manifesté une colère qui s’est trouvée immédiatement méprisée par la gauche institutionnelle qui n’y voyait que populisme de droite, revendications poujadistes, rengaines d’extrême-droite, ce qui n’était évidemment pas le cas. Cette même gauche institutionnelle (France insoumise, Parti socialiste, Parti communiste français, les Verts, les syndicats CGT, SUD, etc.) voyant que le mouvement durait et augmentait en puissance a changé son fusil d’épaule et a feint de vouloir et d’organiser ce qui lui échappait.

Les Gilets jaunes sont morts d’avoir laissé ce loup opportuniste dans la bergerie mais également d’avoir été copieusement méprisés, insultés, humiliés et vilipendés par l’élite parisienne —éditorialistes, journalistes, essayistes, philosophes, politiciens…—, puis tabassés, gazés, énucléés, mutilés par une police lancée par le ministre de l’Intérieur, puis récupérés par les blacks blocks, eux-mêmes instrumentalisés par le pouvoir macronien.

Le fait que les Gilets Jaunes n’aient pas su s’organiser n’est pas en cause. Ces gens-là ne leur ont pas laissé le temps.

Vous rappelez dans votre livre que tout en n’étant pas un mouvement antisémite, les Gilets jaunes ont été infiltrés par des islamo-gauchistes qui martèlent une rhétorique antisémite qui se drape souvent sous les oripeaux de l’antisionisme. L’altercation dont le philosophe Alain Finkielkraut a été victime lors du quatorzième acte de la manifestation des Gilets jaunes en est une preuve patente. Pourquoi cette réalité a-t-elle été éludée par les médias et certaines élites politiques et intellectuelles français ?

On ne peut décemment pas dire que cet antisémitisme a été passé sous silence par les médias !

Le mouvement commençait qu’il était déjà présenté comme un mouvement antisémite —intrinsèquement antisémite disait Bernard-Henri Lévy avant que quoi que ce soit n’ait eu lieu, du simple fait que les Gilets jaunes contestaient la logique politique libérale. Allez comprendre pourquoi BHL estime que quiconque s’oppose à l’Europe libérale est un antisémite.

Ensuite, il y eut bien sûr la collaboration des islamo-gauchistes (dont celui qui a agressé Alain Finkielkraut) dont le credo est intrinsèquement antisémite. Ces islamo-gauchistes ont d’ailleurs été soutenus en France par la presse qui les appuie habituellement —En France, la presse globalement de gauche est majoritaire.

Jusqu’à quel point le mouvement des Gilets jaunes a-t-il été récupéré idéologiquement et politiquement par les islamistes et l’extrême gauche ?

Il est difficile de dire “jusqu’à quel point” car ce genre de récupération ne laisse pas de traces écrites ou de documents qui permettent d’en faire l’histoire ! Ceux qui complotent n’étalent pas leurs plans complotistes au grand jour sur Internet.

Le refus d’admettre explicitement que l’antisémitisme prédominant aujourd’hui en France émane des milieux arabo-musulmans n’est-il pas un déni de réalité qui a contribué à la banalisation de ce fléau ?

En effet, c’est le vrai problème français: la communauté musulmane qui va vers les dix millions de personnes est structurellement antisémite et antisioniste. C’est prescrit dans le Coran et la vie guerrière du Prophète témoigne en ce sens.

Mais, en France, le monde politique et les élites sont déjà dans le processus décrit par Michel Houellebecq dans son roman Soumission: l’appréhension, la peur, la crainte font la loi car la plupart des médias sont majoritairement tenus par une gauche qui compagnonne avec ces prétendus nouveaux damnés de la terre et lance à tour de bras des fatwas médiatiques contre quiconque tient sur ce sujet un langage de vérité.

Comment envisagez-vous l’avenir des Juifs en France ?

Je ne suis hélas pas serein. Si la centaine de territoires perdus de la république venait un jour à prendre les armes pour se soulever, la communauté juive aurait du souci à se faire, hélas, trois fois hélas…

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