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Julien Bauer un ardent défenseur d’Israël

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Julien Bauer
Julien Bauer

Après avoir enseigné pendant 41 ans au Département de Science politique -son champ de spécialité est l’Administration publique- de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), le professeur Julien Bauer vient de prendre sa retraite professionnelle.

Il est le seul professeur de l’UQAM de confession juive à porter la Kippa.

“Je n’arbore pas une Kippa par ethnocentrisme ou par goût de la provocation, mais tout simplement parce que ce symbole cardinal de la religion juive fait partie intégrante de mon identité”, nous a dit en entrevue ce descendant d’une lignée rabbinique renommée du Judaïsme français.

Cet ardent défenseur d’Israël a eu plusieurs fois maille à partir avec les détracteurs de l’État hébreu à l’UQAM.

À l’automne 2012, alors que la guerre entre Israël et l’organisation terroriste palestinienne Hamas battait son plein à Gaza, Julien Bauer n’hésita pas, au cours d’une entrevue qu’il a accordée à une radio montréalaise, à qualifier d’“imbéciles” et de “racistes” les étudiants, les politiciens du parti Québec Solidaire et les leaders syndicalistes qui venaient de participer à une grande manifestation anti-israélienne au centre-ville de Montréal -“un rallye totalement pro-Hamas”, affirme Julien Bauer.

Des propos tonitruants qui lui ont valu bien des déboires à l’UQAM.

“J’ai goûté avidement à mon quart d’heure de gloire! Graffitis antisémites sur la porte de mon bureau, insultes dans les couloirs, je me suis fait traiter d’assassin, j’ai eu droit à une campagne de dénigrement dans les médias sociaux absolument répugnante et à une motion de blâme du syndicat des étudiants de Maîtrise et de Doctorat qui m’intimait de démissionner sur le champ -seulement 8 des 240 membres de ce syndicat étudiant, soit 3% des membres, votèrent. Une magistrale leçon de démocratie étudiante!”, raconte Julien Bauer.

Aujourd’hui, dans les Universités, défendre Israël, c’est “considéré comme quelque chose d’aberrant”, constate-t-il avec amertume.

“Dans les campus universitaires partout dans le monde, Israël est l’objet de campagnes de délégitimisation véhémentes. Les étudiants juifs sionistes sont attaqués et intimidés tous les jours.”

Cependant, Julien Bauer est plus à l’aise quand il se promène dans les couloirs de l’UQAM que quand il déambule dans ceux de l’Université Concordia.

“Dans les couloirs de l’UQAM, il y a de temps en temps des manifestations de solidarité pro-Hamas et des affiches antisémites, mais c’est relativement rare. À l’Université Concordia, on assiste à un festival antisémite tous les jours de l’année! C’est normal car il y a beaucoup plus d’étudiants arabes et musulmans à Concordia qu’à l’UQAM. Pour les ennemis d’Israël, c’est bien plus “rentable” d’organiser une manifestation propalestinienne à Concordia qu’à l’UQAM.

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Quel regard Julien Bauer porte-t-il sur le phénomène du BDS -Boycott, Désinvestissements, Sanctions- contre Israël, qui ne cesse de prendre de l’ampleur à l’échelle mondiale?

“Il est indéniable que le BDS n’est pas une politique économique, c’est une politique abjecte qui n’a qu’un seul but: délégitimer Israël, dit-il. L’argument classique selon lequel il faut boycotter les produits israéliens manufacturés en Cisjordanie n’est qu’un exutoire fallacieux. Ne nous leurrons pas! L’objectif final des campagnes de BDS n’est pas du tout économique, mais strictement idéologique: la destruction d’Israël.”

Dialoguer avec les promoteurs du BDS, c’est “une pure perte de temps”, estime-t-il.

“Si quelqu’un vous dit: “je vais te tuer, mais contrairement à mon voisin qui veut te poignarder tout de suite, moi je vais te faire saigner goutte à goutte pendant quelques mois, le temps que tu meurs après une longue agonie”, il y a peut-être une différence dans la façon de procéder, mais l’objectif final est le même. Les supporters des campagnes de BDS n’ont qu’une seule obsession en tête: détruire Israël et le peuple juif.”

Julien Bauer déplore que les étudiants des écoles juives, qui “officiellement sont sionistes”, ne soient pas suffisamment formés et préparés pour se défendre contre les attaques antisionistes et antisémites fielleuses dont ils sont la cible aujourd’hui dans les campus des Collèges et des Universités.

“Les étudiants juifs sionistes sont confrontés à un point de vue sur Israël aux antipodes de celui auquel ils étaient habitués durant leurs années d’études dans une école juive. Les  ennemis d’Israël ne cessent de leur marteler que l’État juif est une entreprise colonialiste, un pays raciste qui pratique tous azimuts l’apartheid, un État qui massacre quotidiennement de pauvres Palestiniens… Certains étudiants juifs finiront même par penser qu’il y a peut-être une part de vérité dans ces allégations mensongères. Regrettablement, les écoles juives ne forment pas adéquatement leurs étudiants du secondaire pour les aider à se défendre plus tard sur les campus contre cette propagande anti-israélienne morbide.”

Quelques jours après notre rencontre, Julien Bauer et son épouse, Sarah, se sont envolés vers Jérusalem, où ils séjourneront plusieurs semaines.

Durant sa carrière d’enseignant à l’UQAM, Julien Bauer a séjourné à Jérusalem à sept reprises, à chacun de ses congés sabbatiques.

Ses expériences dans la Ville sainte, il les a relatées dans un livre autobiographique remarquable et très captivant, Sept années à Jérusalem, publié en 2012 aux Éditions du Marais.

Spécialiste reconnu du conflit israélo-arabe, Julien Bauer est l’auteur d’une douzaine de livres sur la société israélienne, le système politique israélien, les rapports entre politique et religion, les Juifs hassidim, le système politique canadien… dont plu-sieurs sont devenus des ouvrages de référence dans les milieux universitaires.

Lors de son séjour à Jérusalem, Julien Bauer participera à une conférence internationale organisée par l’Association israélienne des Études canadiennes à l’Université Hébraïque de Jérusalem. Il donnera à cette occasion une conférence sur le rôle des municipalités au Canada dans la lutte contre la discrimination ethnique.

Il participera aussi à un séminaire de recherche au Centre de Jérusalem pour les Affaires publiques.

Il poursuivra ses recherches en vue d’écrire prochainement un livre dans lequel il analysera certaines dimensions des rapports entre la religion et la politique, en mettant l’emphase sur le cas d’Israël.

“À Jérusalem, la seule chose qui pourrait faire concurrence à mes activités académiques, ce sera de prendre dans mes bras ma petite-fille, Nehama, pour faire un tour ensemble. C’est un peu difficile de lui refuser quoi que ce soit quand elle vous regarde avec ses grands yeux magnifiques!”, nous a confié Julien Bauer en arborant un grand sourire empreint de fierté.