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La passion du cinéma de Michel Zgarka

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Michel Zgarka

Michel Zgarka œuvre dans le monde du cinéma depuis plus de quatre décennies. Il a assumé ces trois dernières années la fonction de délégué général du Festival du cinéma israélien de Montréal (FCIM). Manifestation culturelle organisée annuellement par la Communauté sépharade unifiée du Québec (CSUQ).

Au cours d’une entrevue, il a évoqué son parcours professionnel atypique et nous a livré son regard sur les défis auxquels le FCIM fait face.

Présentez-vous à nos lecteurs.

Je suis né à Paris. Je vis au Canada depuis 1962. J’ai fait mes débuts professionnels dans le monde de la musique. À la fin des années 70, mon frère Dominique et moi avons été les précurseurs de la mode disco au Canada. Ce genre musical en était alors à ses premiers balbutiements en Amérique du Nord. Nous avons créé à Montréal une société de production et de diffusion internationale de musique disco. Je m’occupais du volet gestion: comptabilité, contrats, distribution internationale… Il faut rappeler qu’à cette époque les plus importants producteurs de ce genre musical étaient Français et Allemands. Deux producteurs sépharades, nés au Maroc, Jacques Morali et Henri Belolo, ont été des pionniers de la musique disco. Ils ont été les producteurs de deux groupes mythiques qui ont connu un succès fulgurant planétaire, Village People et The Ritchie Family. Au début des années 80, le producteur et réalisateur québécois Rock Demers m’a proposé de m’occuper du volet musical de ses films: trouver des paroliers, des compositeurs, des interprètes. C’est ainsi que j’ai connu Céline Dion, qui allait devenir quelques années plus tard une mégastar mondiale. Elle a interprété la chanson du populaire film de Rock Demers, Opération beurre de pinottes. Je n’ai plus quitté depuis l’univers du cinéma.

Vous êtes actuellement président de la firme HITLAB. Quelle est sa spécialité?

HITLAB est une société de recherche, développement et commercialisation en intelligence artificielle. Elle est spécialisée dans l’analyse de la musique par le biais de logiciels et d’algorithmes, que nous avons conçus, qui décortiquent des chansons nouvelles ou anciennes en se basant sur 84 paramètres. Sont analysés ainsi exhaustivement: la structure, les paroles, la langue, le niveau de popularité … d’une chanson. Ce modèle d’analyse est devenu une référence de base incontournable dans l’industrie musicale. Il y a deux ans, comme président de HITLAB, j’ai pris l’initiative de structurer la compagnie en quatre modules: 1-Recherche pure. On continue à développer de nouveaux logiciels et algorithmes. 2-Productions d’émissions pour le cinéma et la télévision intégrant nos logiciels et productions plus conventionnelles. 3-Création de nos propres chaînes de télévision IP, notamment dans des pays d’Amérique du Sud. 4-Éducation. Nous avons signé des ententes de collaboration avec l’Université d’Ottawa et le Canada-India Centre, qui regroupe 80 écoles qui vont intégrer nos logiciels dans tous leurs cours de musique.

Fréquentez-vous assidûment les grands festivals de cinéma et les marchés du film internationaux?

J’ai le grand privilège d’assister aux grands festivals de cinéma, notamment le Festival de Cannes, le Festival international du film de Toronto et le Festival Fantasia, qui se tient à Montréal. Je me rends à Cannes trois fois par année. Deux fois pour participer au MIPCOM, le marché international des contenus audiovisuels, où HITLAB vend ses productions et achète des émissions pour ses propres chaînes de télévision, et en mai au Festival de Cannes.

Qu’est-ce qui vous a motivé à vous impliquer au FCIM?

Ma passion pour le cinéma israélien, dont la grande qualité n’est plus à démontrer. Celui-ci est encensé aujourd’hui aux quatre coins du monde. Depuis trois ans, je suis le délégué général du FCIM, dont on a présenté cette année la 14e édition. Ce sont les coprésidents du FCIM, Chantal et Gérard Buzaglo, qui m’ont invité à me joindre à leur équipe. C’est une aventure cinématographique fort enrichissante. Je pense avoir contribué humblement à renforcer la base et le prestige de cet événement annuel. J’ai convaincu plusieurs personnalités québécoises œuvrant dans le monde du cinéma de faire partie du jury du FCIM: l’actrice, réalisatrice et productrice Carole Laure; le producteur et réalisateur Roger Frappier; le président-directeur général du Cinéma Beaubien et du Cinéma du Parc, Marco Fortin; le producteur Yann Zenou, qui vit désormais à Montréal, qui a produit plusieurs succès mondiaux du cinéma français, dont Intouchables; le journaliste et critique cinématographique René Homier-Roy… En 2018, le regretté Bernard Landry, ancien premier ministre du Québec, a été le président d’honneur de la 13e édition du FCIM. Son épouse, Chantal Renaud, a été cette année-là membre du jury du FCIM. En 2019, une figure marquante de l’industrie du film canadien, Mel Hoppenheim, a été le président d’honneur du FCIM suite à mon invitation.

Il est indéniable que le FCIM, qui a connu ces dernières années un essor important, contribue à bâtir des ponts entre la communauté juive, Israël et les Québécois francophones de souche.

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Les membres du jury non juifs du FCIM étaient-ils familiers avec le cinéma israélien?

La plupart non. Ils ont été fortement impressionnés par la diversité et la richesse de création du cinéma israélien. Ils ont découvert un cinéma de qualité qui se distingue particulièrement par son originalité, l’excellent jeu de ses acteurs et son habileté à traiter avec brio des problématiques sociales ardues. Au départ, plusieurs de ces personnalités québécoises que j’ai sollicitées pour siéger dans le jury du FCIM étaient réticentes car elles appréhendaient que les films qu’elles devraient juger soient hyperpolitisés, c’est-à-dire prédominés par une thématique: le sempiternel conflit israélo-palestinien. Elles ont été surprises de découvrir que le cinéma israélien aborde sans fioritures une kyrielle de thèmes, dont des problématiques sociales sombres. C’est ce qui confère à ce cinéma sa portée universelle. Cependant, plusieurs membres du jury non juifs m’ont fait part de leur déception qu’on n’ait pas inclus dans la programmation du FCIM de cette année des films chocs et controversés, comme M, réalisé par Yolande Zauberman, qui traite de la pédophilie dans les milieux juifs orthodoxes en Israël. J’estime qu’il est important de présenter aussi des films décapants qui déboulonnent l’image d’Épinal d’Israël, un pays qui, heureusement, a atteint sa pleine normalité. Le FCIM doit éviter de se cantonner dans le “politiquement correct” pour ne pas ébranler la sensibilité d’un public communautaire juif conservateur. Ce côté sulfureux du cinéma israélien est certainement l’une de ses grandes forces.

Comment envisagez-vous le futur du FCIM?

Je suis optimiste. Le FCIM est une formule gagnante que nous devons continuer à peaufiner. L’un des principaux objectifs du FCIM devrait être d’atteindre un plus large public francophone québécois. Un bon nombre de Québécois francophones non juifs ont assisté cette année au FCIM, en dépit du fait que seulement cinq films sur la vingtaine présentés étaient sous-titrés en français. L’idéal serait que le FCIM soit bilingue en ce qui a trait au sous-titrage de ses films, c’est-à-dire 50 % sous-titrés en anglais et 50 % en français. Mais ce n’est pas une obligation. En effet, ce qui importe en premier lieu à un cinéphile francophone, c’est de voir des films de qualité. Par ailleurs, les organisateurs du FCIM doivent composer avec une contrainte incontournable: ciblant en priorité le marché américain et anglo-saxon, l’industrie du cinéma israélien est encline à proposer des films sous-titrés uniquement en anglais.

Vous caressez un ambitieux projet: promouvoir le FCIM à l’échelle du Québec.

Absolument. Il est temps d’envisager sérieusement l’idée d’exporter le FCIM dans d’autres régions du Québec et aussi de promouvoir des coproductions entre le Québec, le Canada et Israël. De faire de celui-ci un festival itinérant. On pourrait amorcer ce projet en présentant dans un premier temps, quelques semaines après la tenue du FCIM à Montréal, cinq ou six films au programme de celui-ci à Québec ou dans d’autres villes de la province. Objectif: promouvoir la richesse du cinéma israélien à l’échelle du Québec. Ce serait, à mon avis, un grand plus pour Israël, le Québec et la communauté juive québécoise. Ce projet devrait être une priorité si nous voulons assurer une pérennité au FCIM.

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