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Les Sépharades et la Mémoire d’Auschwitz

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Haïm Vidal Sephiha
Haïm Vidal Sephiha

Chassés d’Espagne en 1492 par les Rois Catholiques, Isabel de Castille et Ferdinand d’Aragon, les Juifs sépharades ont emporté avec eux un trésor: leurs deux langues, variétés de l’espagnol d’alors, qui engendreront le judéo-espagnol vernaculaire et le ladino ou judéo-espagnol calque, idiome dans lequel a été traduite en 1553 la Bible de Ferrare.

Comme le yiddish des Juifs ashkénazes, ces deux langues issues du castillan ont failli aussi disparaître dans la Shoah.

Dans le combat pour les ressusciter, Haïm Vidal Sephiha fut un pionnier.

Né en 1923 à Bruxelles dans une famille juive originaire de Turquie, Haïm Vidal Sephiha est arrêté par les nazis en 1943, emprisonné au camp de Malines et déporté au camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau.

Cinq ans après son retour d’Auschwitz, cet ingénieur chimiste entame des études de linguistique, d’espagnol, de portugais et d’hébreu pour faire revivre le parler et la culture de ses ancêtres Sépharades de souche castillane.

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Se consacrant totalement à ses nouvelles études, il soutiendra deux thèses universitaires successives avant d’obtenir la première Chaire universitaire de judéo-espagnol, instituée à l’Université Sorbonne de Paris au début des années 80.

Entre-temps, cet éminent linguiste et professeur émérite des Universités assure la renaissance du judéo-espagnol en animant un atelier au Centre Rachi, puis au Centre communautaire juif de Paris, et en créant l’Association “Vidas Largas”, qui s’est fixé comme mission de perpétuer et transmettre le riche patrimoine culturel et linguistique des Sépharades de langue hispanique.

Haïm Vidal Sephiha a mené pendant de nombreuses années un combat homérique pour que la mémoire des 160000 Séfardim qui parlaient le judéo espagnol annihilés dans la Shoah soit honorée avec une dalle en judéo-espagnol à Auschwitz-Birkenau.

L’Association Judéo-Espagnol à Auschwitz (JEAA), qu’il fonda au début des années 90, lança une pétition internationale en l’an 2000 pour que la direction polonaise du Musée d’Auschwitz et le Comité international de cette Institution mémorielle, qui au début étaient catégoriquement opposés à ce projet,  avalisent l’apposition d’une dalle en judéo-espagnol dédiée aux martyrs Sépharades de la Shoah. En l’espace de quelques semaines, 5000 signatures de soutien furent recueillies dans une cinquantaine de pays.

Cette dalle a été finalement inaugurée le 24 mars 2003 dans l’enceinte du camp d’Auschwitz.

Haïm Vidal Sephiha relate ses années d’internement à Auschwitz-Birkenau, sa vie entièrement dédiée à la recherche de la “langue de sa mère”, ses combats ardus pour réhabiliter l’honneur et la mémoire des 160000 Sépharades de langue judéo-espagnole exterminés durant la Shoah… dans un livre d’entretiens bouleversant coécrit avec son fils, le journaliste Dominique Vidal –Ma vie pour le judéo-espagnol. La langue de ma mère (Éditions Le Bord de l’Eau).

Ce témoignage capital est un émouvant hommage au Séphardisme et à tous ceux et celles qui continuent à lutter avec opiniâtreté pour préserver le judéo-espagnol.

Haïm Vidal Sephiha est profondément outré chaque fois qu’il entend des intellectuels Ashkénazes, et Sépharades aussi, affirmer avec une assurance déconcertante que les Sépharades sont étrangers à Auschwitz parce qu’ils n’ont pas été victimes de l’abominable génocide perpétré par les nazis contre le peuple juif.

“Né en Belgique, mais Sépharade par mes parents originaires d’Istanbul, j’ai toujours lutté contre ce stéréotype pernicieux sur les Sépharades. Force est de rappeler que 160000 Judéo-Espagnols ont été exterminés dans les camps nazis. Ils étaient originaires de Grèce, de Roumanie, de Yougoslavie, d’Italie… À cause de la grande confusion existant au sujet de la notion de Séphardisme, plusieurs intellectuels Juifs maghrébins, et pas des moindres, ont assassiné une deuxième fois les Sépharades judéo-espagnols déportés en affirmant que les Sépharades sont étrangers à Auschwitz.”

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En 1979, Haïm Vida Sephiha collabora à un numéro spécial de la revue intellectuelle Les Temps modernes consacré aux Sépharades.

“L’éditorial de ce numéro insistait sur le fait qu’il n’existe aucune corrélation entre le Séphardisme et la Shoah. Erreur monumentale, car les Sépharades ont participé aussi, malgré eux, à tout le processus d’extermination qui déboucha sur le génocide du peuple juif. Tant mieux pour les autres Sépharades s’ils n’ont pas été déportés. Mais si les nazis avaient envahi tous les pays maghrébins, ils leur auraient réservé le même sort qu’à leurs coreligionnaires d’Europe. Les Juifs tunisiens en savent quelque chose.”

Aujourd’hui, à 93 ans, Haïm Vidal Sephiha continue avec beaucoup d’entrain son admirable labeur pour pérenniser la magnifique “langue de sa mère”.

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