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Rencontre avec un surdoué en musique, Roï Azoulay

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Roï Azoulay (Gabriel G. Cohen photo)

La musique le passionne depuis qu’il est enfant. Roï Azoulay peut discourir pendant des heures, avec éloquence et entrain, sur sa fascination pour l’orchestration.

À seulement 33 ans, ce surdoué de la baguette a déjà derrière lui un parcours musical impressionnant.

Il a dirigé des orchestres renommés en Amérique du Nord, en Israël et en Europe : l’Orchestre symphonique de Montréal, l’Orchestre Symphonique de Jérusalem (l’IBA), l’Orchestre de chambre d’Israël, le Ra’anana Symphonette (Israël), le Kammerphilharmonie de Zurich (Suisse), le Kammerpilharmonie de Graz (Autriche), l’Orpheus Chamber Orchestra de Londres…

Depuis 2014, il est le directeur musical et le chef de chœur de la Congrégation Shaar Hashomayim de Montréal.

Né à Dimona, en Israël, dans une famille sépharade originaire du Maroc — son père est né à El Jadida et sa mère à Marrakech —, Roï a reçu une éducation musicale précoce. Constatant dès son plus jeune âge son penchant prononcé pour la musique, ses parents l’inscrivent au conservatoire de Dimona, où il est initié aux rudiments du solfège. Sa passion, de plus en plus ardente, pour la musique ne fera que se confirmer au fil des années.

À 15 ans, ses excellentes notes scolaires lui permettent de rejoindre les rangs d’une école d’élite à Jérusalem, l’Académie des arts et des sciences d’Israël, qui accueille des élèves se distinguant brillamment sur le plan académique. C’est dans cette institution scolaire très bien cotée qu’il obtiendra son baccalauréat et approfondira ses connaissances musicales auprès des enseignants de musique les plus renommés d’Israël.

Déterminé à poursuivre une carrière musicale, Roï parvient à convaincre les autorités militaires israéliennes de lui permettre d’effectuer un service civil au lieu du service militaire obligatoire. Pendant deux années, il enseignera la musique aux élèves de Beth Atssayag, une école accueillant des jeunes aux prises avec des difficultés d’apprentissage ayant grandi dans des familles ravagées par la drogue, l’alcoolisme, la violence conjugale.

“Je suis né dans l’Israël des années 80, une époque charnière où le pays a connu une profonde mutation sociale, économique et politique. L’Israël de gauche, socialiste et égalitaire a été progressivement substitué par un Israël plus libéral sur le plan socioéconomique et plus à droite idéologiquement. Ma génération a grandi avec l’espoir suscité par les accords d’Oslo et l’immense déception provoquée par les Intifadas palestiniennes. Des bouleversements majeurs qui ont profondément marqué les Israéliens de mon âge”, explique Roï en entrevue.

Roï Azoulay (Gabriel G. Cohen photo)

Après avoir complété son service civil, il est admis dans la plus prestigieuse école de musique d’Israël, l’Académie de musique et de danse de Jérusalem. Il étudiera la direction d’orchestre, la composition et la théorie musicales.

Virtuose du saxophone, il a appris ensuite à jouer d’autres instruments musicaux, dont le piano.

“En tant que chef d’orchestre, je me suis familiarisé avec les principaux instruments de musique en m’initiant à leurs rudiments.”

Durant sa quatrième année d’études à l’Académie de musique et de danse de Jérusalem, il a commencé à diriger des orchestres professionnels israéliens.

Mais Roï a plusieurs cordes à son arc. Ses talents musicaux ne se limitent pas à la direction d’orchestre. Le chant liturgique, discipline exigeante où il excelle aussi, le passionne beaucoup.

Pendant ses études de maîtrise à l’Académie de musique et de danse de Jérusalem, il a dirigé une chorale dédiée à l’interprétation de chants liturgiques ashkénazes. Cette expérience l’a tellement enrichi sur le plan musical qu’il est parvenu à se faire admettre au sein du réputé chœur de la Grande synagogue de Jérusalem. C’est auprès de cet ensemble musical qu’il a appris les principaux airs de la Hazzanout ashkénaze.

En 2011, il s’installe en France, à Strasbourg. Pendant trois ans, il dirigera la chorale de la Grande synagogue de cette ville située dans le département du Bas-Rhin. C’est là qu’il rencontrera sa future épouse, Jennifer Bardin, critique littéraire, qui complète actuellement un doctorat en littérature française à l’Université de Montréal. C’est à Strasbourg qu’il a appris à parler le français, langue dans laquelle il s’exprime fort bien aujourd’hui.

Lors de grands galas d’opéras donnés dans diverses villes du monde, Roï a dirigé des orchestres symphoniques importants, accompagnés de solistes et de chanteurs de renom.

Depuis son arrivée à Montréal, à l’été 2014, il a été le maître d’œuvre de plusieurs projets musicaux imposants qu’il a menés avec brio dans le cadre de ses fonctions de directeur musical et de chef de chœur de la Congrégation Shaar Hashomayim.

À l’automne 2015, lors d’un spectacle magnifique et poignant dont il a été le principal concepteur, Sacred Echoes, il a démontré sa parfaite connaissance des différents pans de la liturgie ashkénaze tout en dirigeant l’Orchestre de chambre de McGill. Un voyage musical retraçant l’histoire de la communauté juive d’Allemagne avant l’ascension du nazisme. Plus de 1000 personnes ont assisté, à la Congrégation Shaar Hashomayim, à cet événement.

En 2017, Roï a écrit les arrangements de la chanson titre du dernier album, You Want It Darker, d’une légende de la musique, Leonard Cohen. Il a dirigé sa chorale lors de la participation très remarquée de celle-ci à l’enregistrement de ce disque qui a connu un immense succès et remporté le prix de l’album de l’année lors des cérémonies des Juno Awards et des Grammy Awards. La chorale de Shaar Hashomayim a aussi pris part au spectacle hommage à Leonard Cohen qui a eu lieu au Centre Bell en novembre 2017.

À l’été 2017, Roï a été l’assistant du réputé chef d’orchestre Boris Brott, directeur de l’Orchestre de l’Académie nationale du Canada, qui regroupe les meilleurs musiciens du pays. Ce furent deux mois très intenses au cours desquels cet orchestre a donné vingt concerts, dont une production complète de l’opéra Carmen de Bizet et de la symphonie de Mahler No. 2 (Résurrection).

Ces jours-ci, Roï met les dernières touches à un spectacle musical grandiose, dont il signe les arrangements, Tonight,Tonight! Un vibrant hommage à l’un des plus illustres génies musicaux du XXe siècle, Leonard Bernstein, dont on célèbre cette année le centenaire de sa naissance.

Au programme de ce spectacle fort attendu, qui aura lieu le 29 mai, à 19 h 30, à la Congrégation Shaar Hashomayim: des extraits des principales œuvres de Leonard Bernstein — West Side Story, Candide, Chichester Psalms… —, des prestations de l’Orchestre de chambre de McGill, qui pour l’occasion sera dirigé par Roï avec le concours du directeur de cet ensemble musical, Boris Brott, de la soprano Leah Edwards, du ténor Gideon Zelermyer, des chorales de la Congrégation Shaar Hashomayim et de l’église anglicane Saint-Matthias. Invitée de marque : la fille de Leonard Bernstein, l’actrice américaine Jamie Bernstein, qui narrera l’histoire des œuvres musicales majeures de son père.

“Nous travaillons d’arrache-pied depuis plusieurs mois pour que ce spectacle musical, hommage à Leonard Bernstein, soit une réussite éclatante. C’est une extraordinaire aventure musicale conçue par une équipe soudée et très motivée. Je me réjouis que la chorale de l’église située en face de notre synagogue participe à ce grand moment musical. L’heure est plus que jamais au rapprochement interculturel. J’espère que dans un futur proche une chorale musulmane se joignera aussi à l’un de nos spectacles. Le dialogue interreligieux est fondamental, particulièrement à une époque où les intégrismes ont pignon sur rue dans de nombreuses sociétés”, nous a dit Roï.

Un philanthrope et un leader communautaire remarquable, qui soutient la Congrégation Shaar Hashomayim depuis de nombreuses années, Marvin Corber, sera honoré lors de cette soirée.