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Bernard Landry un grand ami de la communauté juive et d’Israël

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Bernard Landry et Shimon Peres à Montréal en mai 2000. (Howard Kay photo)

Le 17 mai dernier, en dépit de la grave maladie qui le minait, l’ancien premier ministre du Québec, Bernard Landry, avait tenu à être présent à la cérémonie de clôture du Festival du cinéma israélien de Montréal (FCIM), dont il était cette année le président d’honneur.

“Il a gravi péniblement les marches pour se rendre jusqu’à la scène. Il traînait avec lui une bonbonne d’oxygène. Nous n’oublierons jamais les magnifiques paroles qu’il a prononcées ce soir-là et qui nous ont profondément émus. M. Landry a rendu un vibrant hommage à la grande créativité du cinéma israélien. Il a aussi souligné la solidité des liens d’amitié qui unissent depuis de nombreuses années le Québec à Israël. Nous lui serons toujours reconnaissants”, nous a dit Chantal Buzaglo, coprésidente, avec son époux, Gérard Buzaglo, du FCIM 2018.

L’épouse de Bernard Landry, Chantal Renaud, a été une des membres du jury de l’édition 2018 du FCIM qui a primé les films s’étant le plus distingués par leur qualité et leur originalité.

“Bernard Landry a assisté à la dernière séance de délibération du jury du FCIM 2018. C’était émouvant de voir son épouse, Chantal Renaud, assise sur ses genoux, le dorloter. Ils étaient comme deux tourtereaux follement amoureux. Un moment très touchant qui restera gravé pour toujours dans ma mémoire. Malgré la dure maladie qu’il endurait, Bernard Landry voulait encore une fois exprimer sa profonde amitié à la communauté juive”, nous a dit Gérard Buzaglo.

Bernard Landry (au milieu) en compagnie de Gérard et Chantal Buzaglo, coprésidents du Festival du cinéma israélien de Montréal. (CSUQ Photo)

Bernard Landry est décédé le 6 novembre à l’âge de 81 ans.

Il a toujours été un grand ami de la communauté juive québécoise et d’Israël.

“Bernard Landry était un homme très attachant, d’une brillante culture et très ouvert d’esprit avec qui on avait beaucoup de plaisir à discuter. Son voyage en Israël l’a profondément marqué. Il voyait de nombreuses similitudes entre le Québec et Israël, pays qu’il admirait grandement. Il était plus qu’un grand ami de la communauté sépharade. Il aimait fondamentalement les Sépharades parce qu’il voyait énormément de similitudes entre ces derniers et les Québécois. À ses yeux, les Sépharades constituaient un groupe minoritaire de langue française qui a dû, dès son arrivée au Québec, se frayer une place à part entière dans la communauté juive et dans la communauté québécoise. Il citait souvent comme modèle l’intégration socioéconomique réussie des Sépharades”, nous a dit Joseph Gabay, ancien président de la Communauté sépharade du Québec (CSQ) et du Congrès juif canadien, région du Québec, qui a bien connu l’ancien premier ministre.

Bernard Landry et son épouse ont assisté plusieurs fois à la célébration de la Mimouna, fête marquant la fin de la pâque juive, aux domiciles, à Côte Saint-Luc, de Joseph et Dolly Gabay, et de Lison Benarroch, leader de la communauté sépharade. Il participait aussi régulièrement, avec son épouse, aux manifestations culturelles organisées par la communauté institutionnelle sépharade, notamment aux événements du Festival Sefarad de Montréal.

L’organisme politique représentatif de la communauté juive du Canada, le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA), a salué aussi l’amitié sincère qui liait Bernard Landry à la communauté juive québécoise.

“Nous sommes profondément attristés par la nouvelle de la disparition de l’ancien premier ministre du Québec, Bernard Landry. Ce dernier était considéré par de nombreux Québécois comme un très grand premier ministre. Il était clairement un grand leader du Québec qui a notoirement contribué à la construction de l’État moderne québécois. M. Landry était aussi un ami de la communauté juive et d’Israël, pays qu’il a visité à l’invitation du Comité Québec-Israël. Le Québec perd un grand homme et la communauté juive québécoise perd un grand ami”, nous a dit David Ouellette, directeur de la recherche et des affaires publiques au CIJA.

Proche de Bernard Landry, Daniel Amar, qui a été son conseiller pour les Affaires internationales durant cinq ans, se rappelle avec émotion le dernier repas qu’il a partagé avec lui une semaine avant son décès.

“Il était souriant, serein, apaisé. Il me parlait avec beaucoup d’humilité de son combat politique, résigné de n’avoir pu réaliser le grand rêve de sa vie. Dans sa perspective, la souveraineté était une main tendue à la communauté juive et aux autres communautés culturelles, le moyen de construire un pays où il n’existerait plus de communautés ou de minorités mais une seule communauté de destin qui serait une communauté nationale.”

Bernard Landry avait pour la communauté juive une “affection profonde à la mesure de son engagement contre le racisme et l’antisémitisme”, souligne Daniel Amar.

“M. Landry avait réservé sa première sortie publique, comme premier ministre, au Comité Canada-Israël. Il avait alors déclaré, lors d’un discours chaudement applaudi: “Bien que toute comparaison soit périlleuse, les analogies sont légion entre le Québec et Israël. Cette farouche volonté de traverser les siècles n’est-elle pas commune à nos deux peuples? On retrouve, ici et là, ce besoin indescriptible d’être acteur et non plus spectateur de son propre destin.”

En 2010, Bernard Landry (3ème à partir de la gauche) avait été l’invité d’un colloque organisé par le Congrès juif québécois (CJQ). De gauche à droite: le professeur Frédéric Castel de l’UQAM, Chantal Renaud, Adam Atlas, président du CJQ, feu Dr Victor Goldbloom, président honoraire du CJQ, et le comédien Ariel Ifergan. (CJQ Photo)

Quand il était vice-premier ministre du Québec et, plus tard, premier ministre, Bernard Landry a nommé plusieurs personnalités de la communauté juive à des postes prestigieux: feu Joseph Benarrosh à Loto-Québec et à Hydro-Québec, Thomas Hecht à la Société générale de financement (SGF) et à la Caisse de dépôt et placement, Mark Rosenstein à la Commission des valeurs mobilières du Québec, Abraham Assayag, comme ministre adjoint aux Finances.

Concernant le Musée de l’Holocauste de Montréal, Bernard Landry avait rejeté l’avis unanime de ses fonctionnaires et ordonné une révision immédiate du dossier de demande de financement afin que le gouvernement québécois accorde à cette institution une généreuse subvention, rappelle Daniel Amar.

“Pour Bernard Landry, il n’était plus question d’économie quand venait le temps de dénoncer la folie criminelle nazie et toutes les barbaries.”

Bernard Landry a effectué deux visites en Israël.

En 2000, alors qu’il était vice-premier ministre du Québec et ministre d’État à l’Économie et aux Finances, il avait dirigé une importante mission économique en Israël, à laquelle avaient pris part les dirigeants d’importantes compagnies québécoises. En 2010, il a de nouveau visité Israël à l’invitation du Comité Québec-Israël.

En mai 2000, il avait réservé un accueil chaleureux à Montréal à Shimon Peres, alors ministre israélien de la coopération régionale.

“Le Québec, qui n’a pas encore adhéré pleinement au concert des nations, souhaite ardemment contribuer modestement à l’entreprise de paix qui commence à être échafaudée par les peuples israélien et palestinien. Une manière positive de contribuer à l’instauration de la paix au Moyen-Orient est de faire des affaires dans cette région. Nous sommes persuadés que la création de richesses économiques et l’instauration de partenariats d’affaires contribueront à consolider la paix. La paix économique est plus importante que la paix diplomatique”, avait déclaré Bernard Landry à l’adresse de son ami Shimon Peres (cf. l’édition du CJN du 18 mai 2000).