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Le Dialogue entre Juifs et Chrétiens à Montréal

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Trois membres très actifs du Dialogue judéo-chrétien de Montréal. Le Professeur Jean Duhaime, Diane Rollert, Révérende de l’Église Unitarienne de Montréal, et Marsha Levy. (Photo: Elias Levy)
Trois membres très actifs du Dialogue judéo-chrétien de Montréal. Le Professeur Jean Duhaime, Diane Rollert, Révérende de l’Église Unitarienne de Montréal, et Marsha Levy

Le 1er mai prochain, le Dialogue judéo-chrétien de Montréal organisera à l’Église Saint-Georges de la Paroisse Le Bon Pasteur du Diocèse Saint-Jean de Longueuil une commémoration chrétienne de la Shoah.

Chaque année, cette Association regroupant des Juifs et des Chrétiens désireux de renforcer les liens entre les deux communautés commémore dans une Église de Montréal, ou de ses environs, cette effroyable tragédie au cours de laquelle 6 millions de Juifs furent sauvagement assassinés par les nazis.

“C’est la première fois qu’une commémoration de la Shoah aura lieu dans une Église catholique francophone de la Rive-Sud de Montréal”, précise en entrevue le Vice-Président du Dialogue judéo-chrétien de Montréal, le Professeur Jean Duhaime.

Ancien Doyen de la Faculté de Théologie et de Sciences des religions de l’Université de Montréal et spécialiste reconnu de la Bible hébraïque et des Manuscrits de la Mer Morte, Jean Duhaime a été pendant plusieurs années le Président du Dialogue judéo-chrétien de Montréal. Il est le rédacteur de la section française du Site web Jewish-Christian Relations.

Le Dialogue judéo-chrétien de Montréal est une Association à but non lucratif cofondée en 1971 par feu le Cardinal Paul Grégoire, alors Archevêque de Montréal, et le Rabbin Allan Langner, alors Président du Board of Jewish Ministers of Greater Montreal.

Les initiatives audacieuses du Pape Jean XXIII, instigateur de la Déclaration Nostra Aetate sur les relations entre Chrétiens et Juifs, adoptée le 28 octobre 1965 dans le cadre du Concile Vatican II, et l’engagement personnel du Pape Jean-Paul II dans le dialogue judéo-chrétien au début des années 80 ont permis au Christianisme et au Judaïsme de réaliser des progrès notoires au chapitre de leurs relations, très acrimonieuses durant des siècles, et d’atténuer quelques-uns des différends théologiques majeurs qui les divisent depuis des lustres.

Le Dialogue judéo-chrétien de Montréal regroupe une quarantaine de membres représentant les Églises chrétiennes et la communauté juive de Montréal.

La communauté juive est représentée par des membres mandatés par le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA).

L’un des principaux objectifs de cette Association judéo-chrétienne est que le Dialogue entre Juifs et Chrétiens ne soit pas uniquement une question de bonnes relations entre une poignée de personnes se rencontrant en cercle clos, explique Jean Duhaime.

“Nous sommes une quarantaine de Juifs et de Chrétiens qui avons appris à nous connaître, à nous apprécier et à mettre en branle des projets communs stimulants. Notre défi perpétuel est de faire pénétrer dans chacune de nos communautés respectives l’état actuel des relations entre Juifs et Chrétiens et de développer des rapports francs basés sur l’estime et une collaboration mutuelles.”

Depuis le début des années 70, grâce à la mise en œuvre des orientations majeures de la Déclaration révolutionnaire Nostra Aetate, le Dialogue entre Juifs et Chrétiens a accompli des “avancées gigantesques”, souligne Marsha Levy, une bénévole remarquable très impliquée dans le Dialogue judéo-chrétien de Montréal depuis la fondation de cette Association, au début des années 70.

“La lutte contre l’antisémitisme a toujours été une grande priorité pour le Dialogue judéo-chrétien de Montréal”, rappelle-t-elle.

Cependant, des divergences d’opinion, souvent profondes, subsistent toujours en ce qui a trait à Israël et à l’épineuse question du statut politique de Jérusalem, ajoute Marsha Levy.

“Des Églises chrétiennes canadiennes, qui appuient la campagne de BDS -Boycott, Désinvestissements, Sanctions- contre Israël ont adopté ces dernières années des positions très dures à l’encontre de l’État hébreu. Ces prises de position anti-israéliennes ont été motivées plus par des considérations politiques que religieuses.”

Sur la question d’Israël et du conflit israélo-palestinien, pour ne pas écorcher les sensibilités de ses membres Juifs et Chrétiens, le Dialogue judéo-chrétien de Montréal a opté pour “une solution de compromis”: ne pas aborder ce sujet frontalement et examiner communément ce que les traditions religieuses juives et chrétiennes disent sur les notions de: “guerre juste”, “droit à l’autodéfense”, “respect de la vie”…

En 2014, les membres du Dialogue judéo-chrétien de Montréal s’opposèrent vigoureusement, à l’unanimité, au projet de Charte des valeurs québécoises proposé par le Parti Québécois.

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Trois représentants officiels de ce Regroupement judéo-chrétien, le Professeur Jean Duhaime, feu le Dr Victor Goldbloom, figure marquante de la communauté juive de Montréal qui a contribué notoirement à la consolidation des relations entre Juifs et Chrétiens au Québec, et Diane Rollert, Révérende de l’Église Unitarienne de Montréal, présentèrent un Mémoire à l’Assemblée nationale du Québec dans le cadre de la Commission parlementaire instituée pour examiner le projet de loi sur la Charte des valeurs concocté par le gouvernement de Pauline Marois.

“Ce projet de Charte des valeurs très controversé a fait prendre conscience aux Juifs et aux Chrétiens québécois, ainsi qu’aux fidèles d’autres religions, qu’il y a encore beaucoup de travail à faire dans une société québécoise très laïque mais légataire de racines historiques catholiques. Nous nous escrimons à rappeler aux Québécois que les traditions religieuses, qui sont porteuses d’une sagesse et d’une éthique plurimillénaires, constituent des repères identitaires fondamentaux, surtout à une époque marquée par des crises identitaires récurrentes et une mondialisation culturelle débridée”, dit la Révérende Diane Rollert.

Une grande priorité pour le Dialogue judéo-chrétien de Montréal: se rapprocher des jeunes.

Chaque année, le jour de la Fête Victoria Day Fête des Patriotes au Québec-, des jeunes Juifs, Chrétiens et Musulmans sont conviés à participer ensemble à une Écoaction interreligieuse: planter des arbres, nettoyer ou embellir un parc de Montréal.

Une centaine de jeunes participent à cette Écoaction.

“Autrefois, on rejoignait les jeunes à travers le milieu scolaire. Désormais, le remplacement des cours d’enseignement religieux par des cours d’éthique et culture religieuse a rendu plus ardu notre travail de sensibilisation auprès des jeunes dans les écoles. Les Écoactions permettent à des jeunes Montréalais issus de diverses religions et cultures de prendre part à une action commune soucieuse de l’environnement”, dit Jean Duhaime.

Durant l’année, le Dialogue judéo-chrétien de Montréal organise diverses activités: conférences, colloques -un grand colloque a été organisé cet automne pour souligner le 50ème anniversaire de la Déclaration Nostra Aetate-, séances d’études communes des textes religieux juifs et chrétiens…

D’après Jean Duhaime, le plus grand défi auquel les Juifs et les Chrétiens font face aujourd’hui est d’aborder, sans détours, des questions théologiques profondes qui continuent de diviser les deux religions.

Des points de divergence théologiques majeurs tels que l’épineuse question de la “Nouvelle Alliance” avec Dieu -“comment concilier la reconnaissance par le Christianisme de la validité perpétuelle de l’Alliance scellée par Dieu avec les Juifs et le statut de la “Nouvelle Alliance” chrétienne?”, s’interroge Jean Duhaime-, la question de l’“universalité du Salut” -“comment la prétention de l’Église à être dépositaire de l’“universalité du Salut” par le biais de la personne de Jésus-Christ peut-elle s’accommoder d’une reconnaissance de la validité perpétuelle de l’Alliance forgée par Dieu avec le peuple juif?”-…

“Dans le Dialogue entre Juifs et Chrétiens, on ne met pas toujours sous les mêmes mots les mêmes réalités. C’est pourquoi il est impératif de clarifier sur le plan théologique des concepts fondamentaux qui interpellent au plus haut point le Judaïsme et le Christianisme”, dit Jean Duhaime.