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Le grand retour de Sonia Benezra

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Sonia Benezra (TVA Photo)

Après six années d’absence de l’écran, la célèbre animatrice Sonia Benezra fait son grand retour à la télévision, au réseau TVA, dans une nouvelle émission de variétés, Tout le monde aime.

Elle accueille sur la scène du mythique et centenaire Théâtre Impérial de Montréal huit grandes vedettes de la chanson francophone que le public québécois apprécie grandement: Lara Fabian, Éric Lapointe, Mario Pelchat, Jean-Pierre Ferland, Ariane Moffatt…

Émaillée de rencontres émouvantes, de témoignages insolites, d’anecdotes et de surprises, l’émission reçoit aussi de jeunes artistes de la relève qui interprètent à leur manière des chansons de l’invité(e) d’honneur. C’est l’occasion de retracer les parcours marquants de figures de proue de la chanson québécoise.

Présentée à TVA, le dimanche à 21 h, cette émission de variétés intimiste préenregistrée, avec prestations de musiciens, se déroule dans un cadre chaleureux.

Le 23 septembre, Lara Fabian a été la première invitée. Le 30 septembre, ce sera au tour de Mario Pelchat. Deux autres émissions seront diffusées en décembre. Les quatre dernières seront à l’antenne à l’hiver 2019.

Sonia Benezra nous a accordé une entrevue.

“C’est une émission qui a été faite sur mesure pour moi. Son titre le dit éloquemment: Tout le monde aime. On m’a souvent reproché de trop aimer les gens. Cette fois on ne pourra pas m’en tenir rigueur parce que c’est le but de l’émission. Finalement, j’aurai le droit d’aimer ouvertement et entièrement! C’est une émission qui arrive à point nommé à une époque de grisaille où beaucoup de choses vont mal sur la terre. Je pense que cette émission fera du bien à tout le monde, particulièrement à ceux qui la regarderont en famille”, nous a dit celle qui est encore considérée comme l’une des coqueluches du public québécois.

Cette Sépharade affable et très généreuse, née à Tanger (Maroc) en 1960, a été la lauréate de quatre MétroStar —le plus prestigieux des prix décernés à une personnalité du monde artistique québécois à la suite d’un sondage mené auprès du grand public— et de trois prix Gémeaux —la plus haute distinction attribuée à une figure du monde artistique québécois par l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision.

Au cours de son impressionnante carrière, Sonia Benezra a interviewé les chanteurs et les artistes les plus célèbres du monde: Mick Jagger, Paul McCartney, Céline Dion, Elton John, Sting, David Bowie, feu Barry White, Tina Turner, Cat Stevens, Eric Clapton, Paul Anka…

Après plusieurs années d’interruption professionnelle comment a-t-elle accueilli la nouvelle de son retour à la télévision?

“Je ne suis pas trop religieuse, mais je suis convaincue que Dieu y est pour quelque chose, confie-t-elle. Si on m’avait proposé d’animer cette nouvelle émission l’année dernière, j’aurais refusé. Ma mère était alors hospitalisée. Ça a été une épreuve très difficile pour toute ma famille. Moi et mes trois sœurs étions tous les jours à son chevet. Je n’aurais pas pu accepter la proposition de TVA car à ce moment-là ma tête n’était pas du tout à sa place. Mais, Dieu merci, trois semaines après que ma maman soit revenue à la maison, on m’a sollicité pour animer Tout le monde aime. Ça ne pouvait pas tomber mieux.”

Depuis l’annonce de son retour à la télévision, de très nombreuses personnes lui ont manifesté leur soutien idéfectible via les réseaux sociaux.

“Je n’ai reçu que des commentaires positifs. Ça me fait vraiment chaud au cœur de savoir que le public ne m’a pas oubliée et continue à m’encourager avec sincérité et enthousiasme. Je savais que le lien coriace qui m’unit au public québécois n’a jamais été rompu. Dans la rue, des personnes m’arrêtaient tous les jours pour me demander: “Mme Benezra, quand allez-vous revenir à la télévision?” La vie nous donne souvent ce qu’on veut, mais pas nécessairement quand on le veut. Je savais que j’avais encore quelque chose à offrir, mais si l’opportunité n’est pas là tu ne peux rien faire. C’est pourquoi il faut savoir saisir ces rares moments dans la vie où le timing travaille en notre faveur.”

L’animatrice déplore qu’en 2018 ce soit toujours plus difficile pour une femme de faire ses preuves dans le concurrentiel monde de la télévision et du showbiz.

“Beaucoup d’hommes qui ont démarré leur carrière artistique en même temps que moi n’ont jamais cessé de travailler. Ils sont toujours très actifs dans l’univers de la télévision. Personne ne leur a reproché d’avoir grossi ou vieilli. Regrettablement, pour une femme, c’est différent. Elle n’est pas jugée selon les critères avec lesquels on jauge un homme. En général, dans le monde du travail, quand on lit le CV d’une personne ayant à son actif trente ans d’expérience, on dit: “Wow, son parcours professionnel est impressionnant! Nous devrions prendre sérieusement en considération sa candidature”. Dans le milieu artistique québécois, on est enclin à réagir de manière opposée: “Tu es trop vieille pour continuer à faire ce métier”. Or, ce n’est pas parce qu’une femme a dépassé la cinquantaine qu’elle ne s’intéresse plus aux nouvelles tendances en matière musicale ou artistique. C’est ridicule! Moi, je suis toujours branchée et passionnée par tout ce qui est nouveau. Je ne veux pas du tout prendre la place de la relève, ni faire semblant d’avoir 20 ans. J’ai déjà fait partie de la relève il y a trente ans. J’ai eu ma chance à ce moment-là. Mais se faire dire qu’on est vieille parce qu’on a trente ans d’expérience professionnelle, c’est vraiment désolant.”

Sonia Benezra est viscéralement attachée à sa judéité et à son séphardisme.

Au début de sa carrière artistique, on lui a suggéré de changer son patronyme car, disait-on, les Québécois n’arriveraient jamais à prononcer “Benezra”. Elle a refusé catégoriquement.

“Les traditions juives ont toujours été très importantes pour moi. J’y suis profondément attachée. Je crois beaucoup au dialogue interculturel. Il fait partie intégrante de ma vie. Les Québécois sont très intéressés et ouverts quand on leur parle des autres cultures et religions. Quand j’avais mon émission quotidienne à TQS, il y avait sur le plateau un arbre de Noël et une Hanouka. Durant les huit jours de la fête de Hanouka, Hélène Dalair, notre chef d’orchestre, me demandait: “Sonia, on est rendu à quel soir?” Je lui répondais: “Le troisième soir, Hélène, allume la bougie!” Pour moi, perpétuer les traditions, c’est une façon noble d’honorer la mémoire de mes ancêtres et l’héritage identitaire et culturel fabuleux que mes parents m’ont transmis. Mes racines identitaires sont une boussole dans ma vie. Je ne pourrais jamais m’en passer.”