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Réflexions sur l’avenir du séphardisme à Montréal

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Karen Aflalo (à gauche) et Geneviève Busbib. Elias Levy Photo

Geneviève Busbib et Karen Aflalo sont des leaders remarquables très engagées bénévolement dans la communauté juive de Montréal.

Dans le cadre d’une discussion à bâtons rompus, nous leur avons demandé comment elles envisageaient les perspectives d’avenir du séphardisme à Montréal et quels étaient, à leurs yeux, les principaux défis auxquels notre communauté fait face aujourd’hui?

Ces deux bénévoles ont des parcours communautaires respectifs marquants.

Elles ont assumé des fonctions importantes au sein de diverses institutions communautaires juives de Montréal, été les récipiendaires de plusieurs distinctions communautaires prestigieuses et participé à un programme de leadership renommé, parrainé par la Fondation américaine Wexner, auquel prennent part, après une sélection rigoureuse, des jeunes leaders de plusieurs communautés juives du Canada et des États-Unis.

Ingénieure et gestionnaire de formation, Geneviève Busbib est présidente du comité “Emploi” du programme “Initiative France-Montréal”, lancé en 2015 par l’Agence Ometz, vice-présidente de l’Alliance israélite universelle Canada et membre des conseils d’administration de la FÉDÉRATION CJA et du Centre Bronfman de l’Éducation juive (CBEJ). Elle a été présidente de l’École Maïmonide, de l’Association des écoles juives de Montréal (AEJ) et de la branche montréalaise du Sephardic Educational Center (SEC).

Gestionnaire des ventes dans une firme multinationale œuvrant dans les domaines pharmaceutique et de la nutrition pédiatrique, Karen Aflalo est présidente de JNF Future, la section des jeunes adultes de la branche montréalaise du Fonds national juif (FNJ), et membre des conseils d’administration de la Communauté sépharade unifiée du Québec (CSUQ) et de la congrégation sépharade Petah Tikva de l’arrondissement Saint-Laurent de la Ville de Montréal. Elle a été coprésidente du programme de leadership de la CSUQ et du programme Exponential GenMtl —qui avait pour mandat d’organiser une série de manifestations destinées aux jeunes adultes dans le cadre des célébrations du centenaire de la FÉDÉRATION CJA.

Pour Geneviève Busbib, il est impératif que le séphardisme soit redéfini à Montréal.

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“Il y a une évidence qu’on ne plus éluder: le séphardisme se modernise. Il n’est pas une entité identitaire et culturelle figée. Dans la communauté sépharade institutionnelle de Montréal, certains continuent à parler du séphardisme, et des Sépharades, comme s’il s’agissait d’une photo figée. Détrompons-nous! Le séphardisme n’est pas du tout une photo. C’est un héritage culturel et socio-historique imposant qui ne cesse d’évoluer. Aujourd’hui, il faut le redéfinir, et le faire grandir. Le séphardisme que nous nous évertuons à transmettre à nos enfants est bien différent de celui que nos parents nous ont légué. Nous avons gardé des aspects importants de la tradition sépharade que nos parents nous ont enjoint de perpétuer et de chérir, mais, aujourd’hui, le séphardisme de nos enfants est fortement influencé par l’environnement dans lequel ils évoluent”, explique Geneviève Busbib.

Le séphardisme est aussi “une vision singulière du monde et de la vie”, souligne-t-elle.

“Le séphardisme est une manière de penser et d’aborder des problèmes spécifiques. Souvent, on ne se rend pas compte que c’est une démarche qui émane de notre héritage culturel et de nos racines identitaires sépharades. C’est ce qui fait que les Sépharades apportent souvent des éléments de réflexion innovateurs dans des dynamiques communautaires. La pensée sépharade n’est pas une broutille. Depuis des siècles, des philosophies uniques ont émané du séphardisme et amené des réflexions mondiales d’une énorme profondeur et d’une grande modernité. Il faut perpétuer et approfondir ces concepts philosophiques importants.”

Karen Aflalo abonde dans le même sens.

“La communauté sépharade doit absolument redéfinir sa mission et ses objectifs. Moi, j’appartiens à la première génération de Sépharades nés à Montréal. J’ai étudié dans une école ashkénaze, Herzliah, et non dans une école sépharade. Je suis bilingue et me sens parfaitement à l’aise dans les cultures sépharade et ashkénaze. Je suis profondément attachée à mes racines culturelles sépharades. Mais mon séphardisme n’est plus défini à travers la langue française, qui définissait jadis le séphardisme de mes parents lorsqu’ils ont émigré du Maroc au Québec. C’est pourquoi je crois qu’il faut urgemment redéfinir le séphardisme dans notre communauté. Dans le passé, c’est la langue française qui définissait les Sépharades à Montréal, et qui les séparait des Ashkénazes anglophones. Ce n’est plus le cas. C’est pourquoi nous devons nous questionner: qu’est-ce qu’être Sépharade aujourd’hui à Montréal?”

Karen Aflalo estime que l’un des défis prioritaires auxquels la communauté juive de Montréal est confrontée est celui de proposer de nouveaux projets mobilisateurs aux jeunes adultes pour les motiver à s’engager bénévolement dans l’arène communautaire.

“Aujourd’hui, l’utilisation des réseaux sociaux est une approche innovante et efficace pour donner aux jeunes adultes le goût de s’impliquer communautairement. Ces derniers veulent prendre part à des projets tangibles. Ils veulent voir des résultats concrets.”

Karen Aflalo s’escrime aussi à transmettre l’“étincelle du séphardisme” aux jeunes adultes.

C’est la raison pour laquelle elle continue à s’impliquer dans le programme de leadership de la CSUQ à titre de conseillère des deux nouveaux coprésidents de celui-ci.

Pour Geneviève Busbib, l’un des grands défis que notre communauté doit relever est certainement la “dynamique des relations” entre bénévoles et professionnels au sein des institutions communautaires.

“Beaucoup de bénévoles ne comprennent pas encore l’importance du rôle joué par les professionnels, ni l’importance de déléguer des mandats à un professionnel au lieu de faire le travail à sa place. Je souhaiterais qu’à l’instar d’un professionnel, un bénévole soit aussi évalué, et qu’il mérite sa place au sein d’une organisation, dit-elle. Il y a des bénévoles qui ne se gênent pas pour saborder injustement le travail accompli par un professionnel. C’est inadmissible et totalement improductif. Il faut mettre en place des mécanismes pour contrer les excès des bénévoles. C’est un défi majeur pour toutes les institutions communautaires.”

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